Chuchoteurs du dragon et autres murmures – Thomas Geha

Chuchoteurs du dragon et autres murmures est un recueil de nouvelles de Thomas Geha paru le 27 mai 2019 aux éditions Elenya. Il vient de recevoir le Prix Imaginales 2020 de la nouvelle. Une récompense amplement méritée !

Résumé :

Royaume de l’Esflamme. Hiodes, jeune fille issue du peuple, est choisie par le dragon pour devenir la prochaine reine et ce sont leurs étranges émissaires, les redoutés Chuchoteurs, qui viennent la chercher. À son grand désespoir. Devenir reine n’est-il pourtant pas l’assurance d’un destin magnifique ?

Ainsi débute la première histoire de Chuchoteurs du dragon & autres murmures, le nouveau recueil de nouvelles de Thomas Geha. Tous les ingrédients de la fantasy y sont réunis et, entre réalisme et magie, ombre et lumière, humour et sérieux, l’auteur joue avec les nuances du genre comme le peintre de sa palette.

Comme je vous le disais plus haut, l’auteur vient de remporter le Prix Imaginales 2020 de la nouvelle pour ce recueil. Etant donné la situation actuelle, les Imaginales, comme tous les autres festivals littéraires, ou culturels dans leur ensemble, ont été annulés. C’est donc à travers la vidéo ci-dessous que Thomas Geha s’exprime sur cette récompense :

Avis :

Honte sur moi, ça fait plusieurs mois que j’ai lu ce recueil, et je ne l’avais toujours pas chroniqué. Il était resté sur l’étagère des « livres en attente de chronique », qui hélas a pris de l’ampleur ces derniers temps, car je lis plus vite que je ne rédige, et je n’ai absolument pas envie de lire moins pour rédiger plus… mon plaisir premier ici étant la découverte de nouveaux textes.

Bref, mes excuses à l’auteur pour avoir autant tardé 😉 Le Prix Imaginales aura été l’occasion de me mettre un coup de pied au derrière (oui je suis très souple^^) et d’enfin me lancer dans la rédaction de cette chronique. Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que j’aime lire des nouvelles, mais que j’ai beaucoup de mal à écrire dessus. Ce n’est d’ailleurs pas le seul recueil qui attend sa chronique…

Je vais donc procéder comme d’habitude : quelques mots ou phrases sur chaque nouvelle, et je terminerai par mon avis global sur le recueil.

La nouvelle : le laboratoire du démiurge

L’ouvrage s’ouvre sur une longue préface de l’auteur, qui est la reprise d’un billet de blog de 2014, où il nous donne sa vision de l’exercice, ou plutôt de l’art, de la nouvelle. C’est un plaidoyer pour cette forme littéraire trop souvent délaissée par les lecteurs, mais aussi par les auteurs  et les éditeurs faute de débouché commercial. C’est pourtant, je trouve, un très bon moyen de découvrir un auteur, de voir si l’on apprécie son style. Je suis assez friande des anthologies, qui permettent justement de découvrir plusieurs auteurs. Les éditions Elenya, qui éditent ce recueil, éditent aussi des anthologies dont j’ai entendu le plus grand bien, même si je n’ai hélas jamais eu l’occasion de les découvrir.

Dans cette préface, Thomas Geha démonte nombre d’idées reçues sur la nouvelle, que ce soit sur ce que doit prétendument être sa forme, ou les caractéristiques qui lui sont régulièrement reprochées par les lecteurs (mea culpa pour certaines au passage^^). Je pense que c’est le texte le plus clair qu’il m’ait été donné de lire sur le sujet, et le plus intéressant aussi. Rien que pour ça, il faut lire ce livre… mais aussi pour le reste :

Chuchoteurs du Dragon

La nouvelle qui donne son titre au recueil a été initialement publiée dans une anthologie du festival Les Imaginales (et oui, encore eux^^), Reines et Dragons, paru aux éditions Mnemos en 2012.

En une vingtaine de pages, Thomas Geha a réussi à me plonger au cœur du royaume de l’Esflamme, aux côtés d’Hiodes et des Chuchoteurs. Une histoire de pauvre jeune fille qui devient reine (est-ce un privilège ?) malgré elle et ne veut pas renoncer à sa liberté, une enquête pour découvrir qui sont les Chuchoteurs, de l’action, une chute cruelle, il se passe énormément de choses dans ce texte, et pourtant rien ne m’a paru bâclé ou sous-développé. L’auteur nous montre dans ce texte l’étendu de son talent de nouvelliste et de son imagination.

Le guetteur de nuages

Texte lui aussi initialement publié dans une anthologie des Imaginales, Bardes et Sirènes, en 2014, toujours aux éditions Mnemos.

On voyage ici jusqu’à un monde complètement différent… une déchirure dans le ciel a entraîné l’apparition de nuages-océans qui menacent de détruire le monde. Des bardes veillent, et grâce à la méditation, aux mots et parfois au chant, ils dévient les nuages, ou les détruisent s’ils sont trop dangereux. On suit dans cette histoire Tailis, le plus puissant d’entre tous les mages, qui a sauvé maintes fois son peuple du désastre. On le voit faire corps avec les nuages-océans, les pénétrer par la pensée pour découvrir leur nom et pouvoir agir contre eux. Mais que sont ces fameux nuages-océans ? Les bardes ne risquent-ils pas de s’y noyer à force d’y plonger en méditant ? Dans cet univers onirique, l’auteur glisse une critique de nos sociétés nombrilistes.

La tête qui crachait des dragons

Cette nouvelle faisait partie de l’anthologie Lancelot, aux éditions ActuSF en 2014.

La halte suivante se fait du côté de Camelot, aux côtés de Lohengrin, fils de Perceval, et d’un Arthur décati, qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Il vit, comme son peuple, retranché dans des villages troglodytes pour se protéger des nombreuses attaques de Dragons qui brûlent tout sur leur passage. Arthur pensait les avoir vaincus, mais ils sont revenus en force, plus enflammés que jamais. Lohengrin trouvera-t-il leur origine ? Cette plongée dans l’imaginaire arthurien se fait par un biais original, et je reste sans voix de la chute de cette histoire, que je n’aurais jamais imaginée !!!

Loguivy-Plougras, terre de légendes (cycle loguivien, 1)

Texte publié pour la première fois en 1996 aux éditions De L’oeil du Sphinx, mais « très largement réécrit pour cette réédition ».

Le « cycle loguivien » m’apparaît comme une plongée dans la jeunesse de l’auteur. Cette nouvelle, qui pourrait paraître caricaturale dans sa présentation des personnages, est en effet une déclaration d’amour à la campagne bretonne et à ses habitants, comme la vieille Francine Qui Sait Tout. Même si on a l’impression qu’il ne se passe rien dans les petits villages bretons, la magie n’est jamais loin, et l’Ankou non plus. Prenez garde à vous ! Surtout si vous allez aux champignons dans la forêt à la saison de Semeilh. On a ici un texte inquiétant, mais plein d’humour, et aussi de tendresse, qui a réveillé en moi des souvenirs d’enfance étonnamment proches de ceux de l’auteur… Nos mamig avaient bien des points communs !

La nuit du Suner-Gwad (cycle loguivien, 2)

Première parution dans l’anthologie L’esprit des bardes, aux éditions Nestivequen, en 2003.

On retrouve ici Gwalarig, héros malgré lui de la nouvelle précédente et habitant de Logivy-Plougras, toujours aux prises avec les créatures fantastiques bretonnes. Cette fois-ci on se retrouve dans un fest-noz, aux prises avec un Suner-Gwad, à savoir une créature proche du vampire. Gwal raconte son histoire à Kristell, son amie. On retrouve ici encore beaucoup de tendresse et d’humour au milieu de l’angoisse, et Thomas Geha poursuit sa déclaration d’amour à sa région natale.

La fontaine égarée (cycle loguivien, 3)

Ce texte est un inédit, remanié à partir d’un premier jet datant de « l’aube des années 2000 », et dont la disquette (que personne ne rie^^) avait été égarée. Une copie est réapparue « à la faveur d’un déménagement », et l’auteur à réécrit cette nouvelle pour clore son cycle loguivien.

C’est ici l’histoire de Kristell que l’on suit, et tout commence une fois de plus au bistrot du village, tenu par mamig Francine, la grand-mère de Gwalarig. Car la jeune femme aussi a subit la magie bretonne… De nombreuses références aux années 90 m’ont fait sourire, et je ne remercie pas l’auteur de m’avoir mis dans la tête le tube de Billy Ze Kick, qui ne m’a pas quitté pendant plusieurs jours. Et voilà, rien qu’à écrire ces mots, le « chant du psylo qui supplie » m’envahit à nouveau 😂😂😂 et pour que je ne sois pas la seule, ou si vous êtes trop jeunes pour connaître ce groupe breton, c’est cadeau, ne me remerciez pas !

J’avoue avoir été surprise de trouver ces trois nouvelles centrées sur les légendes bretonnes au cœur de ce recueil que j’imaginais plus parler de dragon et de créatures de fantasy, alors que durant ces trois nouvelles, on était dans le fantastique des légendes bretonnes. Ce n’est pas un reproche, loin de là, étant donné les souvenirs que j’y ai trouvés. Je me suis quand même dit à la lecture de ce cycle qu’un lecteur ne connaissant pas les origines de l’auteur pourrait croire qu’il fait preuve de beaucoup de condescendance vis à vis des habitants de la Bretagne profonde…

Le briquet de Noël

Texte inédit 2018.

Ce court texte est une réécriture du Briquet d’Andersen, écrit en réaction à un sujet d’actualité. Pour Noël, un soldat revient dans sa campagne, « où tout le monde se connaissait, mais où peu de gens s’aimaient ». Il a été longtemps absent, « une longue période de manifestations ». A la demande d’une vieille de lui rapporter un briquet souvenir de son enfance, enfin surtout en échange d’une récompense, il se rend dans un abri souterrain où il va croiser des fantômes qui peuvent faire penser à des présidents… Le premier sur des talonnettes, le deuxième aux joues rondes, le troisième, un jeune au « regard faux et cruel ». Argent ou souvenirs précieux, lequel nous enrichit le plus ?

Trois petits cochons

Texte inédit 2018.

Ici aussi un très court texte inspiré par l’actualité, réécriture du conte éponyme. Vaut-il vraiment mieux s’endetter et se tuer à la tâche pour avoir la plus belle des maisons pour être protégé du loup, ou vivre beaucoup plus simplement et profiter de ce que l’on a ?

Je serai Joseph

Inédit en papier, paru dans le Millefeuille numérique de la librairie Bédéciné en 2013.

Jean pensait jouer le rôle de Joseph dans le spectacle de son école privée. Mais c’est Pierre qui aura le rôle. Pourquoi ? Parce que le petit Jésus sera sa petite sœur tout juste née ? Parce que le père de Pierre « apprécie » la maîtresse et « qu’il voudrait se la taper » ? Dans ce monde injuste, Joseph se retrouve au cœur d’un conte cruel, comme peuvent l’être les enfants entre eux, mais en pire !!!

Tombent les plumes

Texte inédit écrit en 2009.

Où il est question d’anges, de deux plumes et de mort… En quelques pages, on passe du noir et des ténèbres, par l’apprentissage et la mort, jusqu’à l’espoir. « Tombent les plumes, elles éteindront les mondes, et deux petits-anges naîtront ».

Chuchoteurs du Dragon et autres murmures est un recueil de nouvelles bien équilibré, qui balaye tous les genres et pas seulement la fantasy comme la couverture pourrait le laisser penser. J’ai passé de très bons moments de lecture, tout particulièrement dans la première moitié du livre, même si les textes autour de l’actualité sont des petits bonbons acides bien agréables. J’apprécie toujours autant la plume de Thomas Geha et ses multiples facettes. Il nous dit dans la préface qu’il aime l’art de la nouvelle, à la lecture de cet ouvrage, le doute n’est effectivement pas permis, et j’ajouterais que la nouvelle est un format qui convient extrêmement bien à l’auteur. Ce n’est pas un exercice facile, mais il le relève haut la main. Ce n’est pas pour rien qu’il a été primé ! Vous l’aurez compris, je vous encourage vivement à foncer découvrir ce livre. En plus, vous ferez une bonne action !!!

La totalité des droits d’auteur de ce roman sont reversés à la Ligue contre le Cancer, maladie qui a emporté les deux parents de Thomas Geha a à peine deux ans d’intervalle.

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas vers le site librairiesindependantes.com que je vous mets un lien, mais vers celui de la librairie Critic, à Rennes, où l’auteur est libraire. Qui sait, en commandant chez eux et en le demandant très gentiment, il vous y glissera peut-être un petit mot ??? Ce lien n’est pas affilié. Vous pouvez aussi trouver ce livre directement sur le site de l’éditeur en cliquant sur son logo.

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