Qui a tué l'homme-homard - J.M. Erre

Qui a tué l’homme-homard – J.M. Erre

Qui a tué l'homme-homard - J.M. Erre

Qui a tué l’homme-homard est un roman policier déjanté de J.M. Erre, publié le 7 février 2019 aux éditions Buchet-Chastel. Une lecture décalée et réjouissante.

Résumé :

Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un freak show : femme à barbe, soeurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse… L’histoire s’ouvre surla découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard ». Qui a tué cet ancien membre du cirque des monstres, et pourquoi ? L’enquête menée par l’adjudant Pascalini et son stagiaire Babiloune va révéler des secrets enfouis depuis des lustres dans les hauteurs du Gévaudan. Lucie, la fille du maire de Margoujols, une jeune femme paraplégique communiquant par l’intermédiaire d’un ordinateur, va épauler les gendarmes dans leur enquête. Elle est aussi la narratrice de cette histoire rocambolesque qu’elle raconte au jour le jour à la manière d’un polar pimenté d’une bonne dose d’humour noir, tout en livrant ses réflexions décalées sur des sujets aussi variés que la littérature policière, le handicap, les artichauts, les cimetières, les réseaux sociaux et, bien sûr, les monstres…

Avis :

Ce roman est cnstruit avec de temps en temps, en alternance, des extraits de « Je vois la vie en monstre » le blog de Winona Jane, et de l’enquête horodatée de Julie de Creyssels, jeune femme handicapée et sarcastique, fille du maire de Margoujols. Cette dernière donne le ton du roman. Un ton loufoque et décalé, parfois politique. Par exemple, quand elle se présente et explique la cause de son lourd handicap, elle parle d’une naissance difficile, cordon autour du cou, pas de médecin ni sage-femme, et la maternité la plus proche à 200km, ajoutés au fait que sa grand-mère qui aidait sa mère était quasi aveugle, expliquent sans difficultés un résultat catastrophique. L’auteur prend plus d’une fois partie contre la désertification des campagnes, et se moque allègrement des gendarmes, mais aussi des journalistes des chaînes d’infos en continu prêt(e)s à tout pour avoir un scoop, ou même simplement quelque chose à dire au prochain direct qui n’a pas déjà été dit mille fois.

Ce roman m’a attirée pour deux choses : l’enquête policière, et le freak show qui a posé ses bagages dans un petit village perdu au milieu des Cévennes. Je n’avais pas percuté sur la présence de Julie, paraplégique qui mène l’enquête. Sinon j’aurais peut-être hésité un peu plus, car j’apprécie rarement le traitement du handicap dans la littérature. Alors si ici, parfois, j’ai trouvé Julie un peu trop mordante, acide… le personnage a au moins le mérite d’être traité sans pincettes. Elle a un cerveau qui fonctionne (à l’exception d’un majeur, c’est d’ailleurs tout ce qui fonctionne^^), de l’humour – très noir – et une bonne dose de volonté, pour une fois qu’elle peut faire quelque chose d’intéressant de ses journées ! Elle est pleine d’autodérision et n’épargne personne, ni les gendarmes, ni sa famille, ni même les lecteurs. On en prend en effet pour notre grade par moments :

« Vont-ils apprécier l’histoire ? Seront-ils séduits par l’atmosphère ? Difficile d’y voir clair quand on sait que le roman policier compte pléthore d’amateurs exigeants répartis en chapelles aux attentes contradictoires, et prêts à en découdre à la moindre alerte. »

Cette handitective, comme elle se qualifie elle-même donne un ton très incisif au roman, et j’ai adoré ce côté décalé, trop rare dans le monde très (trop) codifié du polar. Le livre n’est pas irréprochable concernant le traitement du handicap, mais comme je le disais, il a le mérite de placer une polyhandicapée au centre de l’intrigue, qui ne se laisse pas faire, et parle sans filtre de son handicap et des réactions des autres. Ce recul, notamment, est loin d’être toujours une réalité quand on vous fait des dizaines de fois les mêmes réflexions, mais j’ai apprécié la visibilité donnée au handicap, lourd qui plus est, dans un genre littéraire où souvent handicap égal victime, ou pire coupable car mentalement handicapé !

Les habitants du village sont une galerie de portraits plus déroutants les uns que les autres, même si ils sont souvent caricaturaux. On trouvera par exemple Mme Riffard, qui tient l’auberge -agence de poste – tous commerces du village, qui s’ennuie profondément et saute sur tout ce qui bouge. Et gag récurrant, on croisera très régulièrement Gaston (l’homme le plus petit du monde) et Nicolaï (le géant), anciens du cirque, avec le même échange, Nicolaï ayant une mémoire plus que défectueuse : « Joseph est mort ? C’est pas possible ! (larmes…) »

Outre les villageois, dans ce quasi huis clos, on trouve aussi un couple de suédois et leur deux horribles fillettes psychopathes en vacances dans le coin, et qui n’ont pas fuit suite au meurtre. Comme l’explique Julie, c’est peut-être pour eux l’opportunité de se débarrasser de leurs cauchemars d’enfants ! Il y a aussi les gendarmes, duettistes caricaturaux à l’extrême. Un meurtre au fin fond du trou du c.. du monde n’a aucun intérêt, on envoie donc un seul gendarme accompagné d’un stagiaire. Ces deux-là ont un côté « Gendarme de St Tropez » assez marqué.

L’enquête en elle-même suit une construction assez classique, avec régulièrement des fausses pistes, et des rebondissements. Il ne faut pas oublier que c’est Julie qui raconte et qu’elle a l’intention d’en faire un roman. Du coup, elle se laisse de temps en temps des « notes » à enlever dans la version finale, notamment concernant les mécanismes d’enquête à respecter. Et fort heureusement pour elle, l’élucidation du meurtre de l’homme-homard suit plus ou moins bien la trame « classique ».

Je vous avouerais quand même avoir compris le fin mot de l’histoire bien avant la fin, mais la folie de ce roman a compensé ma déception de découvrir le pot aux roses trop tôt. C’est un roman totalement barré, déjanté, à l’humour lourd parfois, mais j’ai passé un bon moment, distrayant, et c’est ce que j’en attendais.

Masse Critique Babelio

J’ai reçu la version papier de ce roman de la part des éditions Buchet-Chastel dans le cadre d’une masse critique privilégiée Babelio.

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