SLPJ – Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil – présentation

A partir d’aujourd’hui, mercredi 27 novembre, et jusqu’à lundi 2 décembre a lieu le Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil. J’y serai vendredi et samedi, et je vous présente ci-dessous les rencontres et événements qui ont retenu mon attention.

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Festival Étonnants Voyageurs – 8 au 10 juin 2019

Ce week-end a lieu à Saint Malo le festival Étonnants Voyageurs, festival littéraire (mais pas que !) qui met en avant les récits de voyage, bien sûr, mais aussi la littérature québécoise, au sein de la Maison du Québec, et les littératures de l’Imaginaire. C’est là qu’ont lieu, entre autres remises de prix, celles du Grand Prix de l’Imaginaire (GPI), le plus ancien prix francophone de l’imaginaire, un des plus reconnus aussi.

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Floriane Soulas

Interview – Floriane Soulas (Rouille) – #PLIB2019

Floriane Soulas

Lors des Utopiales 2018, début novembre dernier, à Nantes, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Floriane Soulas, autrice de Rouille, paru en 2018 aux éditions Scrineo, et d’un deuxième roman à paraître ce printemps chez le même éditeur. Rouille fait partie des 21 présélectionnés pour le PLIB2019.

J’ai mis du temps à retranscrire la rencontre, qui a duré plus d’une demi-heure, tout comme cet article va être long… Un conseil, prenez une boisson et installez-vous confortablement !!!

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ANDORYSS Mel

Interview de Mel Andoryss – Utopiales 2018 – #PLIB2019

 

ANDORYSS Mel

J’ai rencontré Mélanie Guyard, alias Mel Andoryss, lors des Utopiales 2018. Elle est l’autrice notamment du Passageur, publié en 2018 aux éditions Lynks, qui fait partie des 21 sélectionnés du PLIB2019, mais aussi de Les enfants d’Evernight et l’Architective. Elle signe des scénarios de BD, Le Soufflevent dessiné par Xavier Collette, Le Cercle avec Nesskain, ou encore Les enfants d’Evernight avec Marc Yang. Elle publiera un roman de « blanche » aux éditions du Seuil au printemps 2019, et le deuxième tome du Passageur devrait arriver dans ces eaux-là aussi.

Je vous emmène avec moi découvrir l’univers de Mélanie. Installez-vous confortablement, car nous avons été très bavardes !!!

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Utopiales 2018 affiche

Les Utopiales 2018 – Bilan

Utopiales 2018 affiche

Cette année, je suis allée pour la première fois aux Utopiales, à Nantes, festival de Science-Fiction qui avait lieu du 31 octobre au 5 novembre. C’est un festival inter-sectionnel… on y trouve des livres, beaucoup, des auteurs, beaucoup aussi, mais on y trouve aussi des scientifiques, des cinéastes, des films, courts et longs métrages, des jeux vidéos, des jeux de société, et une quantité incroyable de conférence.

Foule vue du balcon

Le thème de cette année était Le corps, sous toutes ses formes et définitions. Et si, moi qui suis un peu fâchée avec les sciences depuis années lycée, j’étais inquiète de ne pas trouver ma place lors de cet événement, je me suis vite rendu compte que ça ne serait pas le cas. Il y a tellement de monde, tellement de sujets traités, que chacun y trouve forcément de quoi s’occuper de manière plaisante^^ En fait, il y a tellement de rencontres, de conférences, de films tentants qu’il est cruel de devoir choisir. Sans compter l’envie, en se promenant dans les espaces ludiques, de s’asseoir et de faire une petite partie d’un des jeux présentés…

Je suis restée sur place du mercredi au samedi, et c’était déjà énorme. Je suis rentrée épuisée, cassée, mais avec plein de souvenirs de belles rencontres, d’échanges, et de conférences passionnantes. Et un peu frustrée de ne pas avoir eu le temps d’aller à une projection de cinéma, ni de faire l’escape game proposé !

Accréditation et Anthologies Utopiales 2018

Avant de vous raconter un peu plus les conférences et rencontres auxquelles j’ai pu assister, je tiens à vraiment, de tout cœur, remercier les organisateurs, les bénévoles et les attachées de presse. En effet, actuellement, je me déplace avec une canne, et tout a été fait partout pour me faciliter l’accès aux différentes animations, éviter que je reste trop longtemps debout… Je n’ai rien eu à demander, tout le monde a devancé mes besoins… y compris parfois des festivaliers qui m’ont laissé leur place assise lors de conférences à succès. Je n’aime pas mettre en avant mes difficultés, mais je tiens à souligner la qualité de l’accueil aux Utopiales, car ce n’est pas partout comme ça, loin de là hélas. Donc merci à tous d’avoir été en accord avec le thème de l’année (même si je suis sûre que c’est le cas les autres années aussi^^) et d’avoir fait en sorte que tous les corps, même ceux qui sont abîmés, puissent profiter de l’événement ♥♥♥

Je reviens des Utopiales avec ces « quelques » livres…

Anthologie Utopiales 2018  Anthologie Utop jeunesse 2018

Nous qui n'existons pas - Mélanie Fazi  Sous la Colline - Sabrina Calvo  Prise de tête - John Scalzi  La quête onirique de Vellitt Boe - Kij Johnson  Frankenstein 1918 - Johan Heliot

Enfin la nuit - Camille Leboulanger  Les pierres qui pleurent - Danielle Martinigol  Underground Airlines - Ben H Winters  Confessions d'une séancière - Ketty Steward

Le Point Pop HS chefs d'oeuvres de la SF  Anticipation, la revue des futurs possibles n°1

Tous ont donné lieu à des échanges plus ou moins longs avec leurs auteurs, et sont dédicacés, à l’exception du hors-série du Point Pop spécial SF et de la revue Anticipation, sur le thème du transhumanisme, dont c’est le numéro 1, et qui est revenue sous son film plastique dans mes bagages pour finir dans le meilleur état possible…

Les Anthologies ont été dédicacées par tous les auteurs présents, soit un sacré parcours de près de quinze auteurs en quatre jours ! Bon OK, certaines de ces dédicaces ont été faites en même temps que d’autres sur des romans des auteurs. Mais ça fait quand même un paquet de belles rencontres.

Des achats, mais il faut avouer que la librairie des Utos, c’est un peu l’enfer pour un lecteur :

Librairie 1  Librairie 2  Librairie 3

Les interviews que j’ai réalisées :

FAZI Mélanie  DAY Thomas / DUMAY Gilles  ANDORYSS Mel  SOULAS Floriane

Mélanie Fazi, Gilles Dumay, Mel Andoryss et Floriane Soulas ont répondu à mes questions… rencontres que vous retrouverez prochainement sur le blog^^

J’ai assisté à de nombreuses conférences et tables rondes :

Toutes les conférences ont été captées par le site ActusSF et sont ou vont être mises en ligne. Le récapitulatif des podcasts des conférences est par là. Et je vous insère le lien pour les conférences ci-dessous quand c’est possible.

Mercredi 31/10

Transhumanisme 1 : introduction au transhumanisme  Dark Matter Day    Discours inaugural

Introduction au transhumanisme à 14 heures : Dès lors que l’humanité tente de dépasser ses limites biologiques par la technologie, la génétique, l’information, la nanotechnologie, les IA, l’uploading, commence la démarche transhumaniste. Elle interroge tous les champs de la pensée humaine : esthétique, politique, éthique et scientifique. Mais quand commence vraiment le transhumanisme ? Aux premières scarifications à côté d’un feu abrité dans une caverne ? podcast

Dark Matter Day, sur la matière noire, à 16 heures : Le 31 octobre, tout le monde à la poursuite de la matière noire ! Cette matière presque inconnaissable compose une grande partie de l’univers, à raison de sept doses de cette inconnue pour une dose de matière ordinaire. Et pourtant, nous ne pouvons la deviner que dans le rétroviseur de ses effets sur la gravité. Quel plus beau jour que celui d’Halloween pour rencontrer notre invisible voisine ? podcast

Projet MELiSSA à 17 heures : Comment assurer la survie des astronautes lors de futures missions spatiales de longue durée ? Pour des missions lointaines dans le système solaire, l’approvisionnement devient très compliqué. Avec le programme MELiSSA, l’ESA souhaite mettre au point un système de support de vie autonome. podcast

et enfin les discours inauguraux et la présentation de la genèse de l’affiche de Beb-Deum (podcast). Le tout suivi d’un cocktail…

Jeudi 1er/11

  Sous/Sur la peau  De 1918 à 2018  

Le monstre à 10 heures : La science-fiction a vu proliférer toutes sortes de monstres. Souvent mutant, parfois résultats d’expériences mal conduites, le monstre se glisse sous les couvertures et joue les vedettes sur les affiches. Du côté de la science, la tératologie est une branche à part entière. L’intérêt du monstre ne réside-t-il pas plus dans ce qu’il partage avec nous que dans ce qui l’en éloigne ? podcast

Sous/sur la peau à 14 heures : Des tatouages aux scarifications jusqu’aux piercings, orner son corps en le marquant définitivement est une coutume humaine très ancienne : signe d’appartenance tribale, ou décision esthétique individuelle. Elle trouve son prolongement le plus technologique dans les implants bio-connectés, médicaments ou preuves d’identité, voire porte-monnaie intégré. Pourquoi se tatouer, se marquer ou se signaler à vie ? podcast

De 1918 à 2018, la Guerre Mondiale dans l’imaginaire de science -fiction à 15h : Nous commémorons cette année les cent ans de la fin de la Première Guerre Mondiale. Ses effets désastreux, ainsi que ceux de la Seconde ont imprégné l’œuvre d’artistes et d’auteurs, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Désormais, les conflits sont exportés et maintenus dans les pays émergents au profit des grandes puissances. L’imaginaire guerrier de la science-fiction a-t-il évolué conjointement à ces changements de paradigmes ? podcast

Dialogue entre les morts : Tiptree et Ursula K. Le Guin à 17h30 : Alice Sheldon dite James Tiptree Jr. et Ursula K. Le Guin furent d’épistolaires amies bien avant que le sexe de la première fut révélé. Plus tard, Sheldon écrivit à Le Guin pour sa défense « qu’elle ne lui avait jamais écrit un mot qui ne fut vrai » éludant toute allusion à son sexe réel. Rencontre avec celle qui selon Silverberg était forcément un homme et celle qui se battit toujours en tant que femme.

Cette table ronde avec David Meulemans et Elisabeth Vonarburg, modérée (très discrètement^^) par Jérôme Vincent m’a fait buguer quand je suis arrivée dans la salle. J’étais en interview juste avant, j’arrive avec quelques minutes de retard, je rentre dans la salle, et j’entends David Meulemans déclarer « Moi, Ursula… » et là, je me dis que je viens d’entrer dans une dimension parallèle, qu’il y a des portes vers d’autres mondes dans ce festival de SF, ou alors que je suis déjà vraiment très fatiguée… Mais non, on a en fait assisté à un incroyable jeu de rôles, un dialogue entre David/Ursula et Elisabeth/Tiptree. Passionnant car réalisé par deux personnes passionnées… mais déroutant au début 😂😂😂

Vendredi 2/11

Mauvais genres AMI  Animal Farm

Enregistrement en public de l’émission de radio Mauvais Genres (France Culture) spéciale Albin Michel Imaginaire à 14 heures. podcast

Rencontre avec John Scalzi à 15 heures : Né en 1969, aussi bien essayiste que romancier et novelliste, il reçut plusieurs fois le prestigieux prix Hugo pour son premier roman, Le Vieil Homme et la guerre, notamment mais aussi pour son blog Whatever, ainsi qu’un certain nombre d’autres travaux. Activiste passionné, son sens de l’humour âpre dépeint sans indulgence les sociétés présentes et à venir. Rencontre avec l’homme en tunique rouge. podcast

Animal Farm à 18 heures : Laïka, première astronaute terrienne, mourut  5 h après le lancement de Spoutnik 2, et si elle avait survécu aux débuts du vol, ses réserves vitales ne dépassaient pas dix jours. Cette chienne pourrait bien être le symbole de la place des animaux dans nos sociétés : indispensables et sacrifiables à merci ? Compagnon, serviteur, sujet d’expérience ou déjeuner, quelle autre place l’animal pourrait-il prendre sur la Terre ? podcast

Samedi 3/11

Ursula K Le Guin  Le corps du délit  Le corps vendu

Soleil vert 1  Soleil vert 2

Les Etats Généraux de l’Imaginaire à 9 heures (heure indue au 3ème jour du festival, d’un avis partagé avec un certain nombre de participants 😂) : Les Utopiales accueillent cette année la seconde édition des États Généraux de l’Imaginaire. Ce rendez-vous a été initié au Salon du Livre de Paris en 2017 grâce à plusieurs acteurs des littératures de l’imaginaire. Ces derniers souhaitent se mobiliser pour promouvoir les littératures de l’Imaginaire. Au programme :
— Naissance de l’Observatoire de l’Imaginaire
— Restitution d’une étude sur la parité
— Discussion générale et conclusion

Ursula K. Le Guin, La main gauche de la nuit, hommage à 11 heures : Ursula K. Le Guin nous a quittés cette année. Première femme récipiendaire du prix Hugo, romancière, novelliste, poétesse, essayiste, récompensée la palette de son œuvre est aussi étendue que celle des thèmes qu’elle y aborde : féminisme, ethnologie, taoïsme, psychologie, sociologie, marxisme ou bien anarchisme. Rencontre avec celle qui fut également l’une des grandes stylistes de la science-fiction. podcast

Le corps du délit dans la littérature et les séries populaires à 14 heures : Sherlock Holmes fut prolifique : ainsi ses descendants utilisent science et logique pour résoudre des énigmes policières. NCIS, Les Experts, Regenesis, Bones, les séries policières se sont multipliées et elles utilisent la science voire la science-fiction pour étudier le corps du délit. De l’anatomopathologie, à la chimie en passant par la balistique, quelles sciences et quelle science-fiction ?

Le corps vendu à 17 heures 30 : Littérature de la frontière et des pionniers dans son essence même, la science-fiction a souvent dépeint le colonialisme. Dans Citoyen de la galaxie, Robert Heinlein démontrait la persistance perverse de l’esclavage, ses réinventions sournoises et ses avatars insidieux. De l’esclavage ancien à la servitude volontaire industrielle, jusque dans la pièce détachée de l’organe, parlons, ici, à Nantes, des corps vendus. podcast

Soleil vert, que mangerons-nous demain ? à 18 heures 30 : Dans l’étonnamment prophétique film Soleil Vert de Richard Fleischer, les hommes ont tant épuisé les ressources de la planète qu’ils en sont réduits à se manger entre eux, tandis que le Transperceneige de Lob et Rochette roule aux insectes en pâte. Quelles nouvelles nourritures pour une planète surpeuplée ? Quels tabous alimentaires sommes-nous prêts à briser pour survivre ? podcast

Soirée de remise des prix

Soirée de remise des prix à 20 heures 30 : à l’exception du Prix Julia Verlanger, remis la veille à Patrick K. Dewdey pour L’enfant de poussière (Éditions Au diable Vauvert), les prix décernés par le festival pour 2018 ont été remis lors de cette cérémonie.

PALMARES

Prix EXTRAORDINAIRE : Élisabeth Vonarburg

Prix Utopiales : L’âme des horloges, David Mitchell, Éditions de L’Olivier, 2017

Prix Utopiales Jeunesse : Les puissants, T1 : Esclaves, Vic James, Éditions Nathan, 2017

Prix meilleur album de BD : Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, Éditions Glénat, 2017 / Mention spéciale du jury pour : Alt-life, Thomas Cadène & Joseph Falzon, Éditions Le Lombard, 2018

Grand prix du jury compétition internationale de longs-métrages : Assassination Nation de Sam Levinson, États-Unis, 2018 / Mention spéciale du jury : The Man with the magic box, Bodo Kox, Italie-Pologne, 2017 / Prix du public : Freaks, de Zach Lipovsky & Adam B. Stein, États-Unis, 2018

Prix du jury compétition internationale de courts-métrages : Edge of alchemy, Stacey Steers Etats-Unis, 2017 /  Mention spéciale du jury : Rust in peace, Will Welles, États-Unis, 2018 / Prix du jury Canal+ : The Replacement, Sean Miller, États-Unis, 2018 / Prix du public : Irony, de Radheya Jegatheva, Australie, 2017

Prix du meilleur scénario de jeu de rôle ex Aequo : Tolkraft pour son scénario : Make Oneida great again et Sébastien Mège pour son scénario : Seul un fou ne sait pas qu’il l’est

Prix du meilleur jeu vidéo réalisé à la Game Jam : Arena Spirit par Argann Bonneau, Youri Bossus, Étienne Cassin, Rémi Laot, François Mauxion

Sans compter les prix de Cosplay qui sont décernés le dimanche…

Une expérience inoubliable, que j’espère renouveler l’année prochaine !

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Editions Critic – Rencontre avec Simon Pinel, responsable éditorial – #plib2018

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Dans le cadre du Prix Littéraire de l’Imaginaire Booktubersapp, les jurés ont eu l’occasion de pouvoir interviewer des auteurs et éditeurs de titres présélectionnés. Cet entretien est le premier d’une petite série… J’ai choisi de me rendre chez les éditions Critic, car ils sont rennais comme moi, ce qui permettais une rencontre en face à face, plus agréable qu’un échange de mails ! Vous allez donc pouvoir découvrir ci-dessous un résumé de cette rencontre de près d’une heure (merci encore à Simon Pinel pour sa disponibilité). Installez-vous confortablement, prenez-vous un truc à boire, je vous préviens, c’est beaucoup (beaucoup) plus long que d’habitude !!!

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Interview de André-François Ruaud, directeur des Moutons Electriques – #plib2018

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©Les Moutons Électriques

Dans le cadre du PLIB 2018 (Prix Littéraire de l’Imaginaire Booktubersapp), dont je suis membre du jury, j’ai eu l’opportunité d’interviewer des responsables de maisons d’édition. Il y a deux semaines, je vous présentais les éditions Critic, en compagnie de Simon Pinel, leur responsable éditorial (si vous l’avez raté, c’est par là^^), et aujourd’hui, c’est André-François Ruaud, des Moutons Électriques, qui a pris le temps de répondre à mes nombreuses questions !

Bonjour, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis André-François Ruaud, le directeur et gérant des Moutons électriques, la maison que j’ai créée il y a quatorze ans.

André-François Ruaud

©Les Moutons Électriques

J’aimerais revenir sur la création de votre maison d’édition. Comment est venue cette idée ? Quand ? Est-ce toujours la même équipe qui gère la maison d’édition ?

On était en 2001 quand cette idée a germé, j’étais alors libraire et j’avais grosso modo le choix entre racheter cette librairie ou créer autre chose, tandis qu’un ami, le directeur littéraire Patrice Duvic, cherchait également à investir dans une création d’activité. J’étais lassé de la librairie, alors l’envie de se lancer dans une maison d’édition s’est vite imposée, et avec plein d’autres amis on a monté ce projet en deux ans. Fin 2003 on se lançait, en juin 2004 la société était officiellement enregistrée. Depuis, du temps a passé, les équipes ont changé… Patrice Duvic hélas est décédé en 2007, Raphaël Colson et Julien Bétan m’ont rejoint, l’un est parti en 2013, l’autre en 2017, entre-temps sont arrivés Mérédith Debaque et Vivian Amalric, nos graphistes ont été successivement Daylon, Sébastien Hayez puis maintenant Melchior Ascaride, d’autres collaborateurs sont arrivés, d’autres encore sont partis, bref tout cela est assez fluide, tout change au fil des ans, c’est la vie…

Comment avez-vous décidé de créer la structure Les indés de l’imaginaire ? Qu’est-ce qu’elle vous apporte ?

Les éditions Mnémos et ActuSF sont venues me trouver et m’ont proposé que l’on s’associe pour une partie de la communication et pour les salons ; nous avons immédiatement accepté, d’autant qu’à l’époque nous étions dans la même région, le Rhône-Alpes, et bien sûr toujours chez le même diffuseur-distributeur, Harmonia Mundi Livre. Cette mutualisation de moyens nous apporte beaucoup : nous publions des catalogues que nous n’aurions pas les moyens de faire seuls (par exemple le magazine gratuit « L’Indé »), nous avons en commun un chargé de relations libraires, nous tenons un stand dans quelques salons, nous montons ensemble bon nombre d’opérations en librairie (les « pépites » de l’imaginaire, le mois de Lovecraft, la Rentrée de la fantasy française, les opérations sur Hélios), nous avons même monté deux collections ensemble : la jeunesse pour Naos et le poche pour Hélios, vraiment cette mutualisation d’effort démultiplie nos possibilités.

Vous avez mis en place il y a un peu plus d’un an des “abonnements”, des pré-ventes de vos ouvrages à venir. Que vous apporte la mise en place de cet abonnement ? Est-ce réellement rentable, entre les frais de ports d’envoi des ouvrages un par un, et le montant (prix public) des cadeaux offerts ?

Il ne s’agit en effet que d’un bénéfice relativement mince, mais plus que du bénéfice c’est de la trésorerie, que cela nous apporte : c’est le principe de toute souscription, obtenir une avance de fonds, et ça c’est vraiment important, une petite maison comme la nôtre manque souvent de trésorerie pour investir dans telle ou telle chose. Les abonnements nous aident donc : au lieu de nous parvenir à quatre ou cinq mois d’échéance, il s’agit d’un peu d’argent qui nous est avancé, et ça, c’est précieux.

Vous organisez aussi régulièrement des campagnes de crowdfunding via Ulule (Japon, Les saisons de l’étrange…). Pouvez-vous m’expliquer l’intérêt d’une telle action ?

                      Japon, contreparties bonus  Les saisons de l'étrange, saison 1

Alors là, c’est encore plus crucial que les abonnements : les livres que nous pré-finançons ainsi, ils n’existeraient pas du tout sans cela, nous ne les ferions tout simplement pas. Un « crowdfunding », c’est un financement pour un projet qui ne pourrait pas se concrétiser, sinon — c’est comme une sorte de subvention, en fait, mais venant directement du public.

Vos livres ne sont pas toujours disponibles dans les petites librairies non spécialisées dans l’imaginaire. Si je ne trouve pas un de vos titres chez mon libraire, vous préférez que je lui demande de le commander, ou que je le commande directement sur votre site ?

Au contraire : nos livres sont disponibles partout, après c’est au libraire de les commander, bien entendu. À chacun de faire ses choix, selon où l’on habite par exemple : faire vivre le marché de la librairie est très important, c’est certain. En l’absence d’une librairie ou si vous n’aimez pas aller dans une boutique, vous pouvez aussi nous trouver sur certains salons, ou bien encore passer commande par correspondance… tout est affaire de choix et d’opportunité pour les lecteurs.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre ligne éditoriale ? Les collections qui composent votre catalogue ?

Nous aimons à la fois les bonnes histoires et le beau style, dans toutes les littératures de l’imaginaire, et nous faisons surtout de la création francophone. Notre collection de romans grand format se nomme la « Bibliothèque voltaïque », nous publions aussi quelques essais et des beaux livres dans la « Bibliothèque des Miroirs », et en poche sous le label « Hélios ». Nous venons aussi de nous lancer dans une coédition, avec le label « Les Saisons de l’étrange » ; c’est une collection de courts romans d’aventures avec héros récurrents, dans la mouvance très actuelle d’un renouveau du fantastique.

Pourquoi avoir participé à la mise en place de L’appel de l’imaginaire en mars 2017, et des Etats Généraux ainsi que Le mois de l’imaginaire en octobre ? Qu’espérez vous voir émerger de cette initiative ?

Des éditeurs discutent ensemble : rien que cela, déjà, est très nouveau ! Et très intéressant. À la base, l’impulsion c’était de créer une sorte de lobby qui œuvrerait pour plus de visibilité et de légitimité culturelle des littératures de l’imaginaire. Et le Mois de l’imaginaire va aussi dans ce sens, à savoir l’envie qu’ont les éditeurs de genre de faire parler de nos livres, de « pousser » plus l’imaginaire et d’être beaucoup plus visibles.

Vous avez trois titres présélectionnés pour le PLIB 2018 (Prix Littéraire de l’Imaginaire Booktubersapp), que pensez-vous de ce nouveau prix, décerné par des blogueurs et booktubeurs ? Et de la présélection de ces trois titres ?

Un prix par les lecteurs eux-mêmes, pas par un jury sélectionné on ne sait où ni comment, déjà, ça nous semble être plutôt positif — pour cette même raison, nous avons toujours beaucoup apprécié le prix Rosny aîné, par exemple. Et quant à nos trois titres, le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils sont vraiment très variés, donc ça fait plaisir, cela nous montre que nous pouvons séduire les lecteurs dans plein de registres différents.

Les avis en lignes (blogs, booktube…) sont-ils importants pour vous ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi (que la réponse soit oui ou non^^) ?

La réponse est oui, parce qu’avant les blogs, vous savez, nous n’avions quasiment pas de « remontées », les lecteurs exprimaient rarement leur avis. Et comme la critique installée boude généralement les littératures de l’imaginaire (c’est l’un des gros problèmes auquel le mouvement des éditeurs de L’appel de l’imaginaire voudrait se confronter), obtenir soudain plein d’avis, tous ces lecteurs qui disent publiquement pourquoi et comment ils nous lisent, c’est intéressant.

Les trois titres sont très différents les uns des autres. Lisa Goldstein est une de vos rares traduction, vous qui privilégiez davantage les auteurs français. Pourquoi elle ? Et pourquoi le choix de Patrick Marcel comme traducteur ?

Depuis un moment, je me disais qu’il serait intéressant d’essayer de lancer juste un auteur traduit, au sein de notre catalogue, qui est en effet surtout dédié à la création francophone. J’ai relu des tonnes de romans pas encore traduits, pour finalement porter mon choix sur Lisa Goldstein, parce qu’elle représente pour moi l’une des voix importantes de la fantasy américaine, qu’elle écrit toujours, que ses romans sont indépendants et pas trop longs, et enfin parce qu’elle a une tonalité bien à elle. Nous avons donc publié trois romans de Lisa Goldstein en un an, pour essayer de l’imposer, de dire aux lecteurs : eh regardez, une autrice que vous ne connaissez pas mais qu’il faut découvrir. Patrick Marcel est à la fois l’un des traducteurs renommés en imaginaire (il traduit par exemple GRR Martin et Neil Gaiman), un ami et un actionnaire de notre maison, donc le choix était naturel.

Ma chronique de Sombres cités souterraines

Sherlock Holmes aux Enfers est un véritable OVNI. Je dois avouer que six mois après ma lecture, j’ai toujours du mal à savoir quoi en penser… N’avez-vous pas peur de publier des titres si atypiques ? Et pourquoi prendre ce risque ? Aimez-vous déstabiliser vos lecteurs ?

Sherlock Holmes aux Enfers - Nicolas Le Breton

Eh bien ma foi, en quoi serait-ce un risque ? Les littératures de l’imaginaire sont très vastes et très libres, il n’y a pas que des formules clef en main. Notre littérature a au contraire vocation d’explorer, de tenter, de s’évader… Donc je ne vois pas quelle peur il pourrait y avoir, nous faisons juste notre métier d’éditeur : nous créons et cela signifie entre autres sortir des sentiers battus. Mais ceci dit, placer la figure de Sherlock Holmes dans des situations étranges demeure tout de même assez classique en imaginaire.

Ma chronique de Sherlock Holmes aux Enfers

Quant à Malheur aux gagnants, il s’intègre dans la nouvelle série des Saisons de l’Étrange, qui va si j’ai bien compris devenir une maison d’édition à part entière. C’est une histoire drôle et originale, où le fantastique est finalement assez peu présent. D’où vient cette idée de nouvelle maison d’édition ? De ce format de série TV, avec ses saisons ?

Malheur aux gagnants - Julien Heylbroeck

Ce nouveau label a mûri lentement… D’abord, j’ai toujours lu avec grand plaisir les histoires de détectives de l’étrange, ou regardé les séries fantastiques avec personnage récurent… Et puis des auteurs ont commencé à manifester l’envie d’en écrire… Et enfin, nous en avons discuté avec Melchior Ascaride, notre graphiste, et avec d’autres amis, et ils se sont littéralement emparé du projet, ils ont décidé de le porter bille en tête, en créant une maison d’édition pour cela : les Saisons de l’étrange. Ainsi nous partageons les frais et les risques ; lancer une nouvelle collection n’aurait pas été trop possible pour les Moutons électriques, alors que là, non seulement nous la lançons avec 6 titres sur l’année mais en plus nous finançons un véritable lancement, comme nous n’en avions jamais fait : dédicaces dans plein de librairies, déplacements sur quelques salons, fabrication d’un présentoir pour les piles en librairie, tournage d’une petite vidéo, bonne campagne de com et de pub avec une agence… Bref, on s’est donné ainsi, grâce à nos deux structures, les moyens de porter le projet à fond, comme de grosses maisons pourraient le faire mais que nous, petits éditeurs, serions en peine de financer d’habitude.

Ma chronique de Malheur aux Gagnants

Merci encore à André-François Ruaud d’avoir pris le temps de répondre à mes nombreuses questions, et merci à vous d’être arrivé au bout de cet article plus long que d’habitude. J’espère qu’il vous aura plu. D’autres interviews devraient arriver dans les semaines à venir, mais chut, vous n’en saurez pas plus pour l’instant… 

 #ISBN:9791090648869 – #ISBN:9782361833855 – #ISBN:9782361833947