Semiosis – Sue Burke – #RLN2019

Semiosis est un roman de science-fiction de Sue Burke publié chez Albin Michel Imaginaire le 4 septembre 2019, dans une traduction de Florence Bury. La couverture est illustrée par Manchu. Un planet-opera original et captivant.

Résumé :

Ils sont cinquante – des femmes, des hommes de tous horizons. Ils ont définitivement quitté la Terre pour, au terme d’un voyage interstellaire de cent soixante ans, s’établir sur une planète extrasolaire, qu’ils ont baptisé Pax. Ils ont laissé derrière eux les guerres, la pollution, l’argent, pour se rapprocher de « la nature ». Tout recommencer. Retrouver un équilibre définitivement perdu sur Terre. Construire une Utopie.
Mais avant même de fonder leur colonie, des drames mettent à mal leur idéal. Avarie sur une capsule d’hibernation, accident d’une des navettes au moment de l’atterrissage. Du matériel irremplaçable est détruit. Les morts s’accumulent.
La nature est par essence hostile et dangereuse ; celle de Pax, mystérieuse, uniquement végétale, ne fait pas exception à la règle.
Pour survivre, les colons de Pax vont devoir affronter ce qu’ils ne comprennent pas et comprendre ce qu’ils affrontent.

Avis :

Un planet-opera utopique, où les colons terriens veulent laisser derrière eux les erreurs qui mènent la Terre au chaos et à la destruction… Ils veulent créer une nouvelle société dans le respect de chacun, de la nature, mais surtout dans le respect des formes de vie intelligentes rencontrées sur la planète où ils ont atterri. Pitch de départ fort alléchant. L’humanité est-elle capable de laisser ses travers derrière elle ? De respecter les intelligences rencontrées, de ne pas les coloniser mais vivre avec ? Grandes questions auxquelles Sue Burke tente d’apporter des réponses.

Semiosis est, comme le dit le sous-titre, un récit de premier contact. Premier contact entre des terriens et une nouvelle planète. Premier contact avec un nouveau système de société, qu’ils espèrent parfait. Premier contact avec des formes d’intelligence inconnues jusqu’alors.

La couverture de Manchu illustre parfaitement le premier contact rude avec Pax : une navette de transport abîmée, où les survivants récupèrent tout ce qui est récupérable à la mise en place d’une nouvelle civilisation, dont l’on aperçoit les prémisses en arrière-plan. On y découvre aussi une nature luxuriante et très présente. Ce « village » en lisière de forêt reflète bien l’atmosphère du roman. Les êtres humains veulent s’installer, mais doivent composer avec le préexistant, et ils sont très différents les uns des autres…

Dans chaque chapitre, l’autrice donne la parole à un membre de cette nouvelle société mise en place par les terriens. Chacun d’entre eux nous raconte la vie quotidienne de cette utopie, à différentes époques. On y découvre entre autres les premiers contacts avec des plantes qui semblent dotées d’intelligence, et ne pas vraiment apprécier l’arrivée de ces envahisseurs. Réussiront-ils à cohabiter ? Cette cohabitation perdurera-t-elle dans le temps ?

J’ai beaucoup aimé cette narration qui donne la part belle à la vie quotidienne, et ce sur des années, des décennies même. Le fait de donner la parole à différents habitants, avec différentes formations, différentes expériences enrichit considérablement notre découverte de cette expérience. D’autant plus que la population endogène créée par Sue Burke est très intéressante. Et nous questionne sur les ravages que nous causons sur la nature…

L’autrice donne l’impression de tout détailler de l’installation et de l’évolution des humains qui ont survécu à l’arrivée sur Pax, alors qu’en fait, en moins de 50 pages, on a déjà fait un bon dans le temps de plus de trente ans. Son écriture semble aller dans le moindre recoin de leur vie quotidienne, en étonnamment peu de pages, de manière si efficace que j’ai l’impression de connaître leur lieu de vie et leur vie quotidienne comme si j’y étais !

Vous vous doutez bien que pour que cette utopie fonctionne, il faut que les protagonistes arrivent à se reproduire, et suffisamment pour qu’une génération en entraîne une autre sans trop de consanguinité. Cela induit des lois qui s’éloignent des relations monogames hétérosexuelles « courantes » sur Terre. Ajoutez qu’une partie de la deuxième génération (celle née sur Pax) semble stérile… Que va devenir l’incroyable projet de départ, sans de nouvelles générations d’êtres humains pour le faire perdurer ?

Semiosis pose de nombreuses questions pas si lointaines de notre quotidien. L’être humain est-il capable de ne pas reproduire ses erreurs passées, de vivre en harmonie avec la nature et les autres formes de vie qui l’entoure ? Saura-t-il s’adapter, et adapter son comportement non seulement à son environnement, mais aussi à sa nécessité de survie ? Est-il capable de vivre avec moins (une partie du matériel emporté ayant été détruit lors de leur arrivée sur Pax) ? L’expérience est très intéressante, car elle représente à une moindre échelle nombre des problématiques qui se posent à nous actuellement…

En ce qui concerne l’univers, j’aime cette planète choisie pour son atmosphère et sa biosphère, à la fois suffisamment proche de la Terre pour ne pas avoir besoin de décrire la moindre parcelle de terrain, mais aussi suffisamment différente pour découvrir des formes d’intelligence que l’on a du mal à considérer comme réalistes… Construire une civilisation d’entraide et de partage inter-espèce est-il envisageable  sur Pax ?

Je ne veux pas trop en dire, même si j’ai lu des chroniques qui exposaient plus avant le système de narration, ou les enjeux de vie sur Pax, car le plaisir est aussi de découvrir comment, ce groupe de 31 personnes (au début du roman, car moins d’un an après leur arrivée, les « pionniers » ont déjà perdu 19 des leurs) arrivera à engendrer une génération assez forte et diversifiée génétiquement pour survivre et pérenniser l’espèce.

Je ne parlerai pas non plus en détails des formes de vies préexistantes sur Pax au moment de l’arrivée des humains, si ce n’est qu’elles sont multiples, et que certaines sont assez originales, d’autres plus proches de nous, par leurs caractéristiques humanoïdes, ou par leur capacité au cynisme (mention spéciale à Stevland^^).

Ce dont je vous parlerai, c’est de ce roman dans sa globalité, livre que j’ai dévoré et beaucoup apprécié, autant par sa narration multiple et le découpage des chapitres, que par les problématiques traitées et les compromis que les êtres humains doivent faire avec leur Constitution et leurs idéaux pour pouvoir tenter de s’implanter durablement sur Pax.

Semiosis est un roman très humain, de par ses narrateurs et ses thèmes, et si l’on part à la découverte de la faune et la flore endogènes, des êtres vivants doués d’intelligence, quels qu’ils soient, aucune explication scientifique n’est jamais indigeste ou incompréhensible pour les traumatisés de la science comme moi^^ C’est un roman de science-fiction, certes, mais avant tout une aventure humaine, faite de premières rencontres, avec un environnement, mais aussi avec des formes de vies intelligentes dont l’humanité ignorait jusqu’alors l’existence. J’aurais juste aimé avoir un peu plus souvent le vivant et pas juste l’humain au centre des préoccupations… mais c’est une très jolie lecture, qui plaira je pense au-delà des cercles d’amateurs de science-fiction. Car il n’est pas besoin d’être un lecteur d’imaginaire chevronné pour apprécier cette quête d’une vie meilleure, de cette volonté affichée de respect de la nature et des autres formes de vies.

Albin Michel Imaginaire

J’ai reçu la version papier de ce livre dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire. Merci à eux pour la confiance.

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