Le terroriste joyeux suivi de Le virus de la lecture – Rui Zink – #RLN2019

Le terroriste joyeux suivi de Le virus de la lecture est un recueil de deux textes de Rui Zink, traduit par Maïra Muchnik, paru ce 22 août 2019 aux éditions Agullo. Le terroriste joyeux est une petite bulle de pur délire, qui  fait exploser de rire tout en démontrant l’absurdité de la vie… quand Le virus de la lecture expose de manière effrayante ce que pourrait être la vie pleine d’écrivains, mais sans aucun lecteur.

Résumé :

Un dialogue. Deux personnages : un présumé terroriste face au policier qui l’interroge. Le premier est cueilli à la frontière, à sa descente de l’avion, transportant des explosifs. Sa défense : il n’a fait que les transporter pour son cousin, en échange d’un peu d’argent. Les autorités n’avaient qu’à lui demander de remplir préalablement un formulaire !
Le ton est donné. Au fil de l’interrogatoire, le doute s’installe, un glissement insidieux se produit, les rôles se défont : il n’y a plus un terroriste et un policier, mais simplement deux hommes. Et dans un système qui prône la suspicion, la méfiance et la haine de l’autre, le sort de ces hommes n’est peut-être pas si différent…

Avis :

Je ne connaissais pas Rui Zink avant d’entamer cette lecture, mis à part le fait qu’il avait obtenu le Prix Utopiales 2017 pour L’installation de la peur, que les éditions Agullo m’ont fait parvenir en epub, mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir. Mais je peux vous assurer qu’après le plaisir pris à la lecture du Terroriste Joyeux, je vais sûrement m’y pencher très vite !

Cette lecture a en effet été une découverte coup de ♥. La troisième de la rentrée littéraire 2019,  chacune pour des raisons très différentes, mais celle-ci est de loin la plus originale. C’est un ouvrage court, recueil de deux textes très différents l’un de l’autre, chacun posant cependant des questions fondamentales quand à notre rapport à la société. Le terroriste joyeux est un dialogue absurde et drôle qui traite du rapport à l’autorité et au droit, et Le virus de la lecture est un texte que je n’espère pas visionnaire sur le rapport des gens à l’écriture et la lecture.

Le terroriste joyeux

Un homme a été arrêté dans un aéroport avec une bombe dans son sac. Il est interrogé par les autorités, une personne en particulier (un homme aussi à priori), mais de temps en temps il s’adresse au représentant de l’ordre au féminin, ce qui peut laisser penser qu’il y a un deuxième interrogateur, puisque le reste du temps il parle au masculin. La plupart du temps, on a donc ces deux hommes face à face, dont on ne sait rapidement plus lequel interroge l’autre tant le terroriste présumé a le verbe facile et retourne des questions comme des balles de tennis de table. Avec son sens de la rhétorique implacable, il défend son innocence dans le rôle de terroriste, étant donné qu’il a juste transporté une bombe pas activée. Les raisons qui l’ont poussé à ça sont riches et variées, et au bout d’un moment, peuvent même sembler logiques au lecteur qui se laisse prendre au jeu de l’homme. Il faut avouer qu’en face, on a un représentant de l’ordre bien souvent pris au dépourvu, qui a du mal à obtenir les réponses qu’il attend, voire même des réponses tout court. Au point d’en arriver par moment à sembler partager les idées du terroriste…

L’action se déroule dans un pays à priori européen, avec le terroriste qui arrive d’un pays arabe, mais rien n’est cité ni les lieux, ni non plus les noms des protagoniste d’ailleurs. Le texte est présenté comme une pièce de théâtre, découpé en chapitres qui sont des scènes, avec il me semble un seul changement de lieu mis à part à la toute fin… Mis à part les échanges entre les deux hommes, tout le reste reste flou, comme si le seul intérêt de ce texte résidait dans les paroles des deux protagonistes, et c’est d’ailleurs le cas !

On suit un dialogue de sourds, complètement loufoque, chacun défendant son point de vue sur l’accusation de terrorisme, avec plus ou moins de réussite, mais aussi plus ou moins de bonne foi. Sous ses atours délirants, le Terroriste Joyeux est un texte qui interroge sur notre rapport à l’autorité et à l’autre, sur la peur de celui qu’on ne connaît pas, mais aussi simplement sur l’absurdité de certaines situations, y compris dans la vie quotidienne. Une profonde réflexion sur la société, enrobée dans une comédie délirante. Un pur bonheur !!!

Le virus de la lecture

Dans ce deuxième texte, plus personne, mis à part le narrateur, ne lit. Tout le monde se veut écrivain, mais se contente d’écrire, et non pas de lire les écrits des autres, ni les infos, ni rien d’ailleurs. Le narrateur écrit une lettre ouverte à d’autres hypothétiques lecteurs à travers le monde, donnant son avis sur la situation, et la catastrophe sociétale qui en découle. Il explique avoir été épargné par la maladie qui pousse tout le monde à écrire car il a été un auteur raté dans sa jeunesse. Mais que va devenir un monde où tout le monde écrit et plus personne ne lit ? Et finalement, qu’est un auteur si il n’a pas de lecteurs ? Reste-t-il seulement un auteur, ou tient-il seulement un journal ?

Encore un texte qui ouvre à de nombreux questionnements, d’une façon sans doute moins comique, mais à partir d’une situation improbable, encore que… De nos jours, avec la mise en avant de l’auto-édition, via des plateforme d’impression à la demande, n’importe qui peut publier et mettre en vente un texte, quel qu’en soit le sujet, le niveau littéraire et l’intérêt de l’intrigue. Le nombre d’auteurs finira-t-il par dépasser celui des lecteurs ?

Conclusion

J’ai passé un excellent moment avec ce livre. J’ai ri beaucoup, et réfléchit tout autant, sans pour autant que cette réflexion me semble alourdir le récit, ce qui est, je trouve, un tour de force. Cette « rencontre » avec Rui Zink est un magnifique coup de ♥, et je ne manquerai pas de me pencher sur ses autres textes.

Je tiens au passage à souligner la traduction de Maïra Muchnik, qui donne au texte un rythme que j’imagine facilement être celui du texte original, ce qui est loin d’être évident dans un dialogue.

Une chose est sûre, Le terroriste joyeux est un des livres que je vous recommande absolument pour cette rentrée littéraire 2019. Vous ne devez pas passer à côté de ce petit bijou !!!

J’ai reçu la version numérique de ce livre dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Agullo. Merci à eux pour la confiance.

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