#MeFoot – Lucie Brasseur

#MeFoot est un essai/ recueil de témoignages de Lucie Brasseur, publié le 13 juin 2019 aux éditions du Rêve. Ce livre est issu des rencontres faites par l’autrice pour un documentaire pour la télévision, encore en cours de montage.

Résumé :

#MeFoot, c’est l’extraordinaire road trip dans lequel Lucie Brasseur (romancière) et l’iconique Marinette Pichon (1ère footballeuse française professionnelle) se lancent à la veille de la 1ère Coupe du Monde de Foot Féminin. Ecrit à la première personne du pluriel, comme un roman d’aventure, on rit, on pleure, on tremble, on s’émeut à la lecture de ces pages. 6 pays, 30 personnalités incontournables, un livre et un documentaire qui en finissent avec les clichés.

Avis :

Quand Lucie Brasseur est venue vers moi pour me proposer ce livre, je dois vous dire que j’ai hésité. Autant le sujet m’intéressait, et les personnes citées en couvertures donnaient de la crédibilité à son essai, autant son titre et son sous-titre m’ont fait tiquer. Rattacher cet état des lieux du milieu du football par le prisme des inégalités femmes/hommes au mouvement #MeToo, et à l’éradication des machos, c’est un peu beaucoup pour moi. Et carrément trop pour mon amoureux quand il a vu la couverture du livre !!! Il a eu une réaction de rejet, jusqu’à ce que je lui explique le contenu caché derrière ce titre… Je suis pour une égalité de droits dans tous les domaines, mais j’ai du mal avec trop de provocation, ou surtout avec un risque d’amalgame qui pourrait être contre-productif en braquant trop les lecteur.ice.s potentiels.

J’ai interrogé l’autrice au sujet de son titre, et voici sa réponse : « pour être honnête, d’abord l’idée c’est celle-là : faire réagir. Parce que je ne supporte plus d’entendre que le foot ce n’est pas pour les filles, je ne supporte plus que les filles ne jouent pas parce que ce n’est pas pour elles, ou qu’elles n’osent simplement pas dire qu’elles jouent sans se voir affubler de surnoms peu glorieux.. Quand on ne regardera plus de travers une jeune fille qui demande à être inscrite dans un club de foot, que les garçons ne s’approprieront plus le terrain de la ville ou de la cour de récré, en refusant par les mots ou par le non verbal que les filles se joignent à eux, on aura avancé sur la place de la femme dans la société. De même, cela permettra aux garçons qui n’aiment pas ça, de ne pas se sentir exclus ou fustigés. Parce que, qu’on le veuille ou non, le stéréotype de genre numéro 1 pour les enfants, ce n’est pas le rose, ou les princesses. C’est le football.
Quand filles et garçons ne verront plus le ballon rond comme la chasse gardée des uns sur les autres, peut-être qu’on avancera sur la place des femmes dans l’entreprise, en politique, et où nos filles voudront aller. Idem pour les garçons. S’attaquer au sport roi, de manière si directe, c’est s’attaquer aux stéréotypes de genre pour que les uns soient plus respectueux des autres ou d’eux-mêmes et inversement. Cela semble, ou anecdotique, ou déplacé, par rapport aux souffrances des femmes violées, de choisir un titre approchant de #MeToo, mais c’est la société qui souffre de ne pas être libre d’agir selon ce qu’elle est. Il faut voir la souffrance de ceux/celles qui ont vécu dans la frustration d’eux/elles-mêmes à cause du football, entre autres, pour définitivement ne pas hésiter à dire stop.« 

Donc, passons au-delà de ce titre, que je trouve quand même trop agressif et dont je n’apprécie pas la référence, car oui, la société souffre, mais on ne doit pas, je trouve, en le déclinant, prendre le risque de faire perdre de sa force au #MeToo. Ok, ce titre a le mérite de faire réagir, mais je crains qu’il n’engage pas vers un dialogue des plus sereins…

Le travail d’enquête de Lucie Brasseur, assistée de Marc, cameraman avec lequel elle a déjà travaillé, est très intéressant. Elle ne s’est pas contenté de rencontrer quelques joueuses françaises. Elle a rencontré des personnalités françaises et étrangères, joueuses, mais aussi agente, historienne, coach… Il manque un peu d’hommes, même si on soulignera la présence de Mickaël Landreau. C’est dommage, même si j’imagine tout à fait les difficultés à trouver des hommes qui acceptent de s’exprimer sur le sujet de l’égalité femmes/hommes dans le monde du foot. On trouve aussi de très jeunes filles, licenciées à Evreux, comme des joueuses retraitées, pour lesquelles il est intéressant de voir ce qu’elles sont devenues, étant donné le niveau des salaires des encore trop rares professionnelles, alors qu’elles doivent pour autant s’investir comme les hommes si elles veulent percer.

J’ai appris beaucoup de choses sur le monde du football à la lecture de ce livre. La diversité des témoignant.e.s est très intéressante, et le propos, bien qu’un peu vindicatif par moment, est tout à fait compréhensible à une personne qui ne s’y connaît pas en foot mais voudrait découvrir une facette de plus du sexisme ordinaire. Et essayer de déconstruire la norme sociale qui veut que le foot est un sport de garçons. Car ce n’est pas le cas partout. Aux Etats-Unis, les footballeuses sont bien mieux prises en considération, et on en voit le résultat. Bien qu’il s’agisse d’un détail esthétique (mais qu’est-ce qui est réellement un détail quand on se bat pas à pas) j’étais très surprise de voir que les footballeuses françaises ont pour la première fois un maillot dédié. Avant, elles jouaient avec le maillot étoilé des garçons, comme si la seule coupe du monde possible était celle des hommes. Et même dans les clubs pros, les tenues ne sont pas adaptées, c’est le même modèle pour tout le monde. Ça peut vous paraître ridicule que ce fait en particulier ait retenu mon attention, mais c’est une manière comme une autre de nier l’existence et l’importance des footballeuses. Alors que c’est un point facile à modifier. C’est ça qui est rageant.

#MeFoot est un document très intéressant, qui compile des rencontres avec des actrices (et un acteur) du monde du football; non seulement français, mais aussi international. Son gros point noir pour moi, c’est son titre, dont je crains qu’il lui porte préjudice.

On est au cœur de l’absence de réelle acceptation des femmes dans ce sport. Il ne faut pas oublier que, jusque dans les années 70, il était interdit aux femmes de jouer au foot… alors que dans les années 20, elles réunissaient des milliers de spectateurs dans les stades, juste avant d’être interdites de terrain !!! Je ressort de cette lecture riche de pistes de réflexions, et de faits à opposer à des personnes qui refuserait de comprendre que le foot c’est pour tous les genres. Je suis plus riche de ces rencontres, avec des passionné.e.s qui se battent pour que le football ne soit simplement que du foot, qu’il soit joué par des femmes ou des hommes.

SimPlement logo

J’ai reçu la version papier de ce livre de la part des éditions du Rêve via la plateforme SimPlement. Merci à eux pour la découverte, et à Lucie pour la confiance renouvelée.

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