Floriane Soulas

Interview – Floriane Soulas (Rouille) – #PLIB2019

Floriane Soulas

Lors des Utopiales 2018, début novembre dernier, à Nantes, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Floriane Soulas, autrice de Rouille, paru en 2018 aux éditions Scrineo, et d’un deuxième roman à paraître ce printemps chez le même éditeur. Rouille fait partie des 21 présélectionnés pour le PLIB2019.

J’ai mis du temps à retranscrire la rencontre, qui a duré plus d’une demi-heure, tout comme cet article va être long… Un conseil, prenez une boisson et installez-vous confortablement !!!

Bonjour Floriane, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Merci à toi d’être là.

J’ai assisté tout à l’heure à la conférence avec Laurent Whale… (conférence Le corps du délit dans la littérature et les séries populaires disponible sur le site ActuSF et elle vaut le détour^^)

Ouiiii, ça t’a plu ? Ca va, on n’a pas dit trop de bêtises ?

Non c’était très intéressant, on a pu vous découvrir particulièrement sadiques avec vos personnages ! En même temps, c’était Laurent Whale qui était à côté^^

C’et vrai qu’on baratine… Si tu le lances, moi je le suis ! Pas de pression…

Rouille - Floriane Soulas

Par rapport à ce que tu peux exprimer sur la condition des femmes dans la science-fiction, et à la couverture, qui est magnifique…

Oui, elle est magnifique

…on reste dans une représentation de la femme assez stéréotypée quand même… Ça ne t’embête pas ?

Non ça ne m’embête pas parce que, si j’entends qu’on puisse la trouver stéréotypée, moi je ne la trouve pas comme ça. C’est une femme certes, mais ce qui est important pour moi, c’est le dessous, toute la partie basse, mécanique, qui pour le coup est plus connotée masculine. On a Jules qui fait de la mécanique et tout ça… Moi je suis une femme qui fait des sciences, je suis ingénieure, du coup pour moi ça contrebalançait bien cette silhouette très féminine de mettre tous ces engrenages, ce corps qui est coupé, qui n’a pas de bas, on ne sait pas trop si elle est vivante… Donc non moi, ça ne me choque pas.

C’est pareil, le choix du steampunk, c’est un genre où les stéréotypes sont extrêmement présents…

Extrêmement poussés oui. J’aime beaucoup le steampunk, j’en ai lu beaucoup, et je suis arrivée dans cet univers là par l’esthétique. Toutes ces femmes en grands corsets, avec des belles robes et tout, je trouve ça très beau.

Je suis aussi venue au steampunk par l’esthétique, et on est entièrement d’accord, c’est très beau.

Splendeurs et misères Orsay

Même si le corset est une invention de l’homme pour maîtriser la femme, au final, ce que j’ai inconsciemment voulu faire c’était de contrebalancer ça dans le roman, justement en ne le montrant pas. Et en montrant que c’est crade. Que souvent on a cette habitude de parler de la Belle Epoque ou de l’Epoque Victorienne, en parlant des belles femmes très bien habillées, de la haute société, tout ça, et pour moi, la Belle Epoque, c’était la misère dans Paris, la crasse, c’était les prostituées, les maquereaux… Il y a eu une une excellente expo sur le sujet à Orsay, Splendeur et misères des courtisanes, qui était incroyable. Et du coup, je voulais montrer ça. Certes, je parle de prostituées, mais dans mon esprit, justement, c’était montrer que même si elles sont forcées de suivre le carcan de la société, même si elles sont encadrées par des maquereaux, elles essaient quand même de prendre leur indépendance et d’agir par elles-mêmes. On oublie beaucoup que la Belle époque, ça a été la période de la révolution industrielle, mais ça a aussi été une grande période de changement social, avec les femmes notamment, les Grandes Horizontales, et les Demi Mondaines, qui ont ruiné des rois et des princes, qui ont pris leur vie en main et qui étaient complètement détestées pour ça, et mais qui ne se laissaient pas faire. Il y a eu énormément de changements sociaux à cette époque là, les femmes ont commencé à prendre beaucoup plus de pouvoir, à s’opposer, à dire « mais non, nous aussi on peut faire ça, moi je vais défaire ce mec là, je vais le ruiner, et après je vais partir, je vais garder son hôtel particulier, et il va se retrouver à la rue », et plein de trucs comme ça. Et c’est ça que je voulais montrer, ce côté là, qui est souvent oublié, dans tout ce qui est fantasme des maisons closes et des femmes soumises et jolies quoi !

C’est vrai que, et c’est un compliment, ça sent pas forcément bon dans ce livre !

Ben non, c’est ça, moi je voulais que ça pue, je voulais montrer les choses, que ça soit vraiment historiquement réaliste.

Et puis, j’ai trouvé très touchant le moment où elle essaie des belles robes, et où pour une fois elle se sent belle. Et c’est là que je me suis dit on est dans du steampunk, mais pas dans de la caricature.

Merci ça me fait plaisir.

Ça m’a fait plaisir aussi, parce que j’aime beaucoup le steampunk, mais il y a un moment où je fatigue des stéréotypes…

Surtout que dans le steampunk, je pense à Johan Heliot par exemple, j’adore ce qu’il fait, mais tous ses personnages sont des hommes et je pense qu’ils ont aussi cette tendance inconsciente probablement de se cacher derrière le « oui mais j’utilise des personnages célèbres, des personnages qui ont vraiment existé et c’était des hommes », comme Louis Lépine, ou Jules Verne.

Mais il y avait des femmes aussi… c‘est pas parce qu’elle ne sont pas dans les livres d’Histoire qu’elles n’existent pas !

L'Apollonide affiche film

Exactement, merci ! Il y a plein de films qui m’ont inspirés, je pense à la série Maison Close de Canal+ ou à l’Apollonide, qui est magnifique. Ce film est d’une splendeur sans nom. Et pour le coup, l’Apollonide est beaucoup plus réaliste, et j’ai pas osé pousser aussi loin que lui. Je sais pas si tu l’as vu, il y avait des stéréotypes de femmes, il y avait la juive, la noire… J’ai pas osé pousser jusque là, tu vois, mais par exemple, dans ce qu’on nous montre du steampunk, qui sont des femmes belles, avec une taille très étranglée, une belle poitrine, c’était pas du tout les stéréotypes de beauté de l’époque. J’écoutais une conférence sur ça, de Laure Adler, qui a écrit des bouquins… Elle disait « les femmes que vous voyez en tenue comme ça, ou qui correspondent à nos canons de beauté d’aujourd’hui, à l’époque elles étaient envoyées au sanatorium parce qu’elles étaient anorexiques. J’ai du mal à comprendre, mais je trouve ça fascinant, ce fantasme qu’on a des maisons closes, alors qu’en fait c’était juste dégueulasse, quoi. Et surtout on s’imagine que les hommes arrivaient, et ils voyaient une rangée de belles nanas, mais des fois elles galéraient pendant des heures à les faire consommer pour qu’ils  ne montent même pas. Elles passaient leurs vies à attendre. Et c’est un vrai fantasme.

« Elles seraient tellement mieux dans des maisons closes »

Alors oui, c’est vrai qu’elles sont mieux dans des maisons closes que dans la rue, parce qu’au moins elles voient des médecins régulièrement, mais si elles ont le malheur de tomber malades, elles finissent à St Lazare, et elles y meurent, et elles personne ne réclame leurs corps. En fait on n’a gardé que ce qu’on voulait voir de cette période là, alors que c’était beaucoup de crasse. Sous une belle grosse couche de verni.

J’étais ravie de rencontrer Violante. J’avais vu que tu aimais le steampunk, mais en même temps je me disais par rapport à ce qu’elle peut raconter sur la place des femmes, qu’est-ce que je vais trouver dans ce livre ?

Des morts !

C’est ça, des morts, et pas forcément de manière agréable…

Oui mais elles avaient une vie horrible…

Tu prends plaisir quand même à les maltraiter… Ça te vient d’où en fait cette envie de les torturer, de les maltraiter ?

Je ne sais pas… Ça donne plus de raisons de chercher, c’est une façon de créer de l’empathie avec le lecteur. En fait j’avais vraiment envie de leur montrer que c’est un monde qui est vraiment violent. Et du coup c’est une façon de pousser un peu. Il y a toute cette thématique du méta-humain derrière. Je m’en suis rendu compte à posteriori, il y a tout un jeu sur la notion de monstre aussi, sur Hugo par exemple, qui tue de façon très froide, mais qui va avoir de l’empathie pour un petit chiot qui ne va jamais survivre. Et au final, est-ce que vraiment c’est lui le monstre, est-ce que c’est parce qu’on a fait de lui un monstre, et est-ce que le fait qu’il mutile des gens, c’es le pire qu’il peut faire ou est-ce qu’il y a quelque chose de pire encore qu’il peut faire, est-ce que lui, il peut se pardonner d’avoir fait ça, est-ce qu’il peut se cacher pendant x années derrière le « c’est pas moi qui fait ça, on m’a forcé à faire ça » mais au final c’est lui qui l’a fait. C’est une thématique qui m’intéressait vachement et je pense qu’il faut pousser ses personnages pour qu’ils sortent vraiment ce qu’ils ont, et du coup, de les blesser physiquement, c’est aussi une façon de pousser leurs limites.

©Floriane Soulas

Pour ce roman, tu es partie d’une idée, d’une ambiance, des personnages ? Qu’est-ce qui est venu d’abord ?

Violante. Elle est arrivée avec son nom et elle venait des Indes. Je savais qu’elle venait des Indes. Ça, et Alfred de Musset. Et j’avais beaucoup d’idées, toute une série de scènes qui m’étaient venues, notamment quand elle va à ce fameux bal, elle était sensée rencontrer Alfred de Musset et causer avec lui. Au final, toutes les idées qui ont lancé l’histoire ont disparu du roman. Il ne restait rien, parce que ce n’était sans doute pas les meilleurs idées… elles ont amené de meilleures idées. Mais j’avais cette image de cette jeune fille qui arrivait à Paris, à l’époque qui venait des Indes et qui le savait, mais qui perdait la mémoire et qui du coup cherchait ses origines dans une ville. Je voulais qu’elle en bave. Son caractère était tel, qu’il fallait qu’elle soit vraiment poussée à bout pour faire des choses et se révéler. J’étais à une conférence, à un festival qui n’existe plus, qui s’appelle Geekopolis à Paris, il y a eu 4 éditions… c’était vraiment génial ce salon. Il y avait des supers masterclass avec des auteurs, c’était trop bien. Et j’étais à une conférence sur le steampunk, et je m’ennuyais, c’était terrible. J’étais d’accord avec rien de ce que les gens disaient. Et j’ai commencé à réfléchir à d’autres trucs, j’ai commencé à penser à cette gamine, là, qui arrivait en dirigeable, des Indes et elle se retrouvait à Paris, elle savait pas pourquoi elle était là, elle savais pas ce qu’elle allait faire là et voilà. Elle se retrouve dans une maison close, et je me dis oh la pauvre, comment elle va sortir de là… et après ça a duré plusieurs mois, et tout ça a commencé à monter de mars à juillet, et j’ai commencé à écrire en juillet

C’est sorti vite quand tu as commencé à écrire ?

C’est sorti en deux fois, parce qu’en fait à ce moment là, j’étais en train de finir ma thèse. C’était mes derniers six mois de thèses, et j’avais beaucoup de conférences, j’étais un peu toujours en vadrouille, donc j’ai écrit beaucoup en juillet, et après j’ai eu un gros trou parce que j’étais en conférences, après j’étais en vacances… Je suis arrivée au nano et j’avais écrit genre 42000 mots, ce qui est déjà pas mal… j’en ai rajouté 130000 pendant le nano. Après je me suis arrêtée pour rédiger ma thèse, puis j’ai soutenu ma thèse, et donc j’ai dû reprendre en mars, après que j’ai eu soutenu et j’ai réécrit pendant un mois et demi. Là j’avais écrit mon premier jet. Après je l’ai posé pendant un mois et demi et j’ai fait deux mois ou trois mois de corrections où je ne faisais que ça. En gros ça m’a pris un an.

©Floriane Soulas

Il aurait pu finir dans un tiroir à rentrer dans le cadre de ton FLIMI ??? (Le FLIMI est un challenge lancé par Floriane pour encourager les autres, et elle-même^^, à finir des romans commencés et abandonnés)

A un moment, peut-être. Et je me suis dit « bon maintenant laisse pas quelque chose inachevé ». Je me suis dit « tu te connais, si tu commences à laisser des choses inachevées tu sais que tu vas pas les finir », des romans commencés pas terminés, j’en ai quatre dans les placards, et là je me suis dit « celui là il veut dire quelque chose et il faut vraiment que tu l’amènes au bout, ça va être comme un déclic pour la suite, t’arrête d’avoir des trucs que tu finis pas, il faut vraiment que tu ailles au bout de ce truc là » et du coup je me suis vraiment mis des coups de pied au cul pour finir, parce que quelle idée franchement de commencer à écrire un roman quand tu rédiges une thèse, ça n’a aucun sens !!!

Je sentais que c’était le bon moment tu vois, et je me suis dit il faut vraiment que tu le finisses. Je l’ai fini, je l’ai posé, je l’ai relu et je me suis dit il y a du boulot mais il y a un truc. Et après je me suis trouvée une bêta lectrice et on a bossé, elle m’a torturé, c’était je pense les trois mois les plus durs de ma vie mais en fait c’était bien dans le sens où c’est vraiment quelqu’un qui croyait en ce que je faisais, et si elle était « méchante », c’est parce qu’elle savait que je pouvais faire mieux que ça, elle m’a poussée littéralement vers le haut et du coup quand elle me disait des trucs durs, je savais qu’elle ne les disait pas pour me blesser mais justement pour me pousser en avant en me disant « tu peux faire tellement mieux alors maintenant arrête de procrastiner et sors moi ce que tu peux faire de mieux, sors le de tes tripes » !

Elle a fait ce que tu fais avec Violante !!!

C’est ça, et en fait sur le moment c’est difficile à vivre, mais c’est incroyable de trouver quelqu’un qui a la bienveillance de me dire « c’est nul ce que tu viens de me sortir là », mais c’est pas blessant, c’est pas genre moi je ferais mieux, ou arrête d’écrire, c’est pas bien, c’est tu vas faire tellement mieux, et tu vas le faire maintenant et j’attends que tu le fasses.

C’est effectivement très précieux… garde-là ta bêta lectrice, on doit pas en trouver des comme ça tous les jours !

Oh que oui je la garde ! Là, elle est en train de me refaire le même coup avec mon projet en cours, et j’en prends plein les dents et je suis là « rappelle toi comment c’était avec Rouille ». Parce que sur le coup c’est pas facile, mais ça a marché…

Tu as trouvé rapidement un éditeur pour Rouille ?

Pour Rouille, on a fini les corrections fin août, j’ai commencé à l’envoyer en novembre, et j’ai eu des retours à partir du mois de mars, mars-avril-mai… Ah non, avant, j’ai eu des premiers retours négatifs très vite, j’ai eu un retour en trois semaines. J’ai eu vraiment de la chance, je n’ai eu que des retours très intéressants, on ne m’a pas juste dit non. Jai eu juste un mail où on m’a dit « ça ne rentre pas dans le cadre de notre ligne éditoriale… » mais après j’ai toujours eu des retours très personnalisés. On m’a appelé aussi. J’ai eu des éditeurs qui m’expliquaient pourquoi ça ne rentrait pas dans la ligne éditoriale. C’est comme tout, un livre on l’aime ou on l’aime pas, c’est très subjectif, et c’est pareil pour un éditeur, il peut ne pas aimer, c’est très subjectif aussi. J’ai eu des supers retours, on m’a dit, le livre est vraiment bien mais ce n’est pas ce que moi en tant qu’éditeur je veux publier. Alors après, on est d’accord ou pas d’accord, mais voilà c’est pas juste non merci au revoir, ils ont pris le temps de discuter avec moi de m’expliquer ce qu’ils voulaient, de me donner le nom d’autres éditeurs vers qui me tourner qui pourraient être intéressés… on a gardé contact, on s’entend très bien, et on est toujours content de se voir, et c’est super chouette. Après j’ai eu deux ou trois réponses positives…

Beau début, pour un premier roman…

Oui c’était chouette, j’étais contente. et après il y a dû avoir deux ou trois mois de corrections éditoriales très intensives et voilà.

Ça n’a pas été trop dur, avec le boulot à côté, ces corrections ?

Et bien on fait, on survit, on trouve… c’est comme écrire un nano alors qu’on bosse. On fait en sorte que. Je pense que quand on a envie… C’était le rêve de ma vie d’être publiée, alors maintenant que c’est là… c’est du boulot, mais tu le fais de bon cœur, t’as envie… en plus, mine de rien je trouve que quand t’as des retours éditoriaux, tu apprends énormément de choses. Moi j’ai plus appris en étant corrigée qu’en écrivant toute seule, et là j’apprenais énormément de choses. Il m’ont vraiment appris à avoir des débuts percutants, à commencer l’action, à accrocher le lecteur, ce que je ne savais pas faire du tout. Mon début de roman était beaucoup trop long et très balzacien dans l’idée, avec une exposition super longue… Ils m’ont dit il faut raccourcir, il faut que ça soit plus percutant. Ils m’ont appris à reprendre mes dialogues, à en faire des vrais, à reprendre mes descriptions, à faire des trucs qui soient vraiment efficaces et bien sans en mettre des tartines, donc c’est hyper intéressant. Après t’es pas toujours d’accord avec ce qu’ils te disent. Généralement tu dialogues avec eux. Il y a des fois je leur ai dit ça non, je changerais pas ou j’enlèverais pas parce que… et là ils m’ont dit j’entends ce que tu me dis, on va trouver un autre moyen, on va s’arranger, c’est vraiment enrichissant.

C’est intéressant d’avoir ton point de vue d’autrice. Quand j’ai interviewé Simon Pinel, des éditions Critic (lien vers l’interview), il m’a expliqué que certains auteurs travaillaient quasiment seuls, et que pour d’autres, il fallait tout le temps être sur leur dos^^

Ça dépend des auteurs… par exemple, Gabriel Katz ne fait aucune correction. C’est comme tout, tu n’as pas la même relation dans le métier avec une personne A et une personne B. Pas la même relation avec un collègue ou un autre…

Oui, et puis c’était un premier roman… j’imagine que sur le deuxième, tu ne travailles pas de la même manière ?

Non, mais j’estime que j’ai des choses à apprendre aussi. Là, sur le deuxième, j’ai fait des corrections éditoriales, et au début, elle m’a dit un truc, et j’ai dit je suis pas d’accord, pourquoi tu veux supprimer ce truc là ça ? Elle m’a expliqué, « c’est intéressant, mais c’est pas une thématique que tu pousses vraiment dans ton roman… Tu pourrais écrire un truc sur ça, mais là c’est vraiment un élément qui ne te sers à rien parce qu’il est pas vraiment poussé à son bout ». Elle m’a dit je pense que tu peux l’enlever et ça m’a fait mal au cœur, on a enlevé un personnage que j’aimais bien, même si c’est quelqu’un de méchant, mais objectivement je me suis dit bon, c’est un sacrifice que je peux accepter. Subjectivement j’ai pas envie de le faire, objectivement je vois la plus-value. Quand elle m’a dit j’ai commencé à accrocher à ce truc là qu’à partir de tel moment du roman, j’ai dit ok ben dans ce cas là, je le remonte. Et du coup ça entraîne toute une série de changements. Mais par contre j’ai envoyé les corrections et si là maintenant elle me dit il faut enlever des trucs, je lui dirai non. Je modifierai pas, je n’enlèverai pas de signes en plus…

Tu dis plus facilement non cette fois-ci qu’avec Rouille ?

Oui, après il y a des choses dans Rouille que j’ai refusé de faire, et des choses que j’ai faites… par exemple, Jules ne s’appelait pas Jules au départ, et ils m’ont fait changer le prénom, et ça me perturbe toujours… Quand on me dit Jules… qui ? ah oui Jules ! C’est pas Jules, mais c’est pas grave. Mais j’ai entendu, il s’appelait Lucas, mais ça faisait Léon Lucas Louis, ça faisait beaucoup de L et du coup c’est un truc que j’ai gardé. Par exemple dans le nouveau que je suis en train de corriger, j’ai quatre personnages ils ont tous un prénom qui commence par AK. C’est des japonais (Akira…) et je me suis dit, moi qui suis très fan de la culture japonaise ça ne me choque pas, mais quelqu’un qui ne s’y connait pas et qui rentre la dedans, il ne va pas faire la différence, et donc de moi-même je lui ai dit écoute, je te renvoie une version, j’ai changé tel prénom parce que ça c’était perturbant et du coup maintenant c’est plus simple comme ça.

C’est vrai que trop de noms similaires, d’une culture qu’on maîtrise mal, ça peut vitre être compliqué…

C’est ça, c’est super dur. Et du coup, en me relisant, en faisant les corrections, je me suis dit il y a trop de noms trop semblables. Comme en plus j’ai deux époques différentes, tu passes de l’une à l’autre, le lecteur, il va être complètement perdu. donc simplifions, changeons certains noms, qu’il puisse s’appuyer ne serait-ce que sur le mot écrit… Akito, Akira ou Akito, Akiko, moi ça ne me choque pas parce que je vois la différence, mais le lecteur, à une lettre près il ne la verra peut-être pas.

Ce sont tes personnages, tu les as créés, tu les vois, tu les connais…

Oui, moi je sais, mais le lecteur qui va juste lire ces mots là, je suis sûre qu’une fois sur deux il va voir la même chose, il ne va pas comprendre, il va falloir qu’il fasse un effort pour se rappeler. Je me suis dit rappelle-toi de Lucas qui est devenu Jules, fais le de toi-même. Et tu apprends. Moi je considère que mon éditeur il est là pour m’apprendre des choses, et si il y un truc qui ne va pas, on peut en parler. Si ils sont deux à pointer le même truc du doigt, ça veut dire qu’il faut sans doute changer.

sailor flo contrat roman 2

L’annonce du roman 2 sur Instagram mi-janvier

Ce deuxième roman va quasiment s’enchaîner sur la vie de Rouille… il va arriver quasiment derrière, pas de temps de pause entre les deux ?

Ben je sais pas trop, là ils font des corrections mais je sais pas si ils vont le prendre. Si ils le prennent, il sortira en fin d’année prochaine, donc un an et demi après. (finalement, il sera là avant l’été^^)

Rouille a eu des nominations sur des prix…

Ouiii mais on n’a pas eu de prix ! [depuis, le roman a reçu le Prix ActuSF de l’Uchronie]

Floriane Soulas Prix ActuSF uchronie

Prix ActuSF Uchronie pour Rouille

Finalement, tu es toujours dedans ?

Oui, Rouille est sorti en mai, il faudrait que le deuxième sorte à la rentrée, sept oct nov ça serait bien, peut-être pour Montreuil l’année prochaine. On verra bien. S’ils ne le prennent pas, je l’enverrai ailleurs, mais ça va prendre un peu plus de temps.

C’est Scrineo aussi ?

Oui. Pour le coup, c’est un vrai young adult, celui-là. Rouille était un peu tendancieux, moi je l’ai envoyé en adulte, mais ils ont estimé qu’il pouvait passer à partir de 16-17 ans. Ça dépend de ce qu’on lit.

C’était peut-être aussi par rapport à ton « public » des réseaux sociaux ?

Oui, mais là pour le coup c’est un vrai youg adult, donc ça me semblait logique de continuer avec Scrineo, surtout que là ça se passe bien, donc autant surfer sur cette bonne vague là, et puis si ils peuvent me ravoir Aurélien Police pour la couverture… je dis oui !!!

Ça serait plutôt sympathique, en effet. C’est vrai que c’est une chance de l’avoir eu pour ta première couverture.

Quand ils m’ont demandé qu’est ce que tu envisages pour la couverture ? Je leur ai dit, c’est simple, Aurélien Police. Je n’ai pas d’autre idée, c’est le seul que je veux, et si jamais il dit non, on va réfléchir… et ils m’ont dit, écoute, on va lui demander, ça coûte rien, mais il est très occupé… Oui je m’en doute, mais demandons, et quand il a dit oui j’étais heureuse et je lui ai juste dit fait ce que tu veux, ne me mets juste pas de Tour Eiffel. Ils nous a fait deux versions, elles étaient super cool, et même si j’écris qu’un seul livre dans ma vie, et ben ça sera le plus beau du monde !!!

Ça a donné une belle visibilité à ton livre…

Mais c’est ça, en salon, aux Haliennales et aux Imaginales surtout, plein de gens sont venus parce qu’ils avaient vu la couverture. Ils n’avaient jamais entendu parler du livre, jamais entendu parler de moi, mais en passant dans l’allée ils ont vu la couverture, ils l’ont trouvée très belle, et du coup ils sont venus. C’est vraiment une chance, pour le coup. J’ai tout gagné avec ce livre.

C’est vrai que c’est une belle aventure pour un premier roman.

C’est vraiment un conte de fées.

Il a été plutôt bien reçu dans l’ensemble…

Ça fait à peine six mois et il a été sélectionné pour plein de prix… J’espère qu’il va avoir quelque chose ! Après il y a Montreuil, le salon du livre l’année prochaine, il y a le prix Imaginales des lycéens, les Imaginales du coup. C’est vraiment… je ne réalise pas.

Il y a encore un paquet de listes à arriver où il est susceptible d’être aussi, comme le PLIB (effectivement depuis, Rouille fait partie des 21 sélectionnés^^).

C’est vrai qu’on a eu un super démarrage, j’ai beaucoup de chance. Le PLIB j’adorerai, c’est bien que ça soit les blogueurs, des lecteurs qui choisissent.

PLIB2019 - Rouille - Floriane Soulas

On arrive à la fin du temps, ça passe super vite…

Quoi déjà ? c’est passé vachement vite ! Pareil, une fois, j’étais en dédicace, il y a un libraire qui est venu enlever les livres de mes voisins, je lui ai demandé c’est fini ? et il m’a dit ben oui il est six heures. Je lui ai répondu je vais rester encore un peu, il reste encore des gens. Je suis restée un peu plus longtemps…

Merci encore à Floriane pour ce chouette moment passé ensemble, et cet échange passionnant. Vous pouvez retrouver ma chronique de Rouille, son premier roman sélectionné pour le PLIB par ici.

Merci aussi à vous, qui avez pris le temps de lire ce long échange. J’espère que ça vous aura plu. D’autres entretiens arriveront sur le blog dans les semaines à venir, j’espère que vous serez au rendez-vous !

#PLIB2019

#ISBN:9782367406060

2 réflexions sur “Interview – Floriane Soulas (Rouille) – #PLIB2019

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