ANDORYSS Mel

Interview de Mel Andoryss – Utopiales 2018 – #PLIB2019

 

ANDORYSS Mel

J’ai rencontré Mélanie Guyard, alias Mel Andoryss, lors des Utopiales 2018. Elle est l’autrice notamment du Passageur, publié en 2018 aux éditions Lynks, qui fait partie des 21 sélectionnés du PLIB2019, mais aussi de Les enfants d’Evernight et l’Architective. Elle signe des scénarios de BD, Le Soufflevent dessiné par Xavier Collette, Le Cercle avec Nesskain, ou encore Les enfants d’Evernight avec Marc Yang. Elle publiera un roman de « blanche » aux éditions du Seuil au printemps 2019, et le deuxième tome du Passageur devrait arriver dans ces eaux-là aussi.

Je vous emmène avec moi découvrir l’univers de Mélanie. Installez-vous confortablement, car nous avons été très bavardes !!!

Bonjour Mélanie, merci de prendre ce moment pour répondre à mes questions.

Pour commencer, si je vous demande de me donner quelques mots clés qui pourraient représenter votre travail en littérature, en BD, vous auriez des idées ?

Avec des mots clés ? Imaginaire, onirique et aventure.

Vous avez déjà écrit des romans jeunesse, jeune adulte, des scénarios de BD, maintenant un roman adulte qui arrive, qu’est-ce qui fait qu’à un moment c’est un genre plutôt qu’un autre ?

Ce n’est pas réfléchi, pas rationalisé, ce n’est pas quelque chose sur lequel je vais me dire tiens, je n’ai pas fait d’adulte depuis longtemps… j’écris vraiment l’histoire qui se présente au où elle se présente. Et maintenant que j’écris à la fois de la fois de la BD et du roman, en général elle se présente directement avec son format d’utilisation, c’est à dire que je me dis, tiens, ça ça ferait une bonne BD, ça ça ferait un bon roman. Alors de temps en temps un truc qui était prévu pour de la BD ne se fait pas et du coup je le recycle en roman, ou l’inverse ! Mais globalement, quand une idée se présente, je la prends telle quelle. Là, je vais avoir un roman d’adulte en littérature générale, en blanche, qui va sortir l’année prochaine, et ce roman en fait, je me suis pas dit tiens, je voudrais écrire de l’adulte de littérature générale. A un moment, je suis sous ma douche, j’entends une chanson, et j’ai une idée qui fait pop, et 5 minutes après j’ai la totalité de l’histoire et je me dis, ben maintenant qu’elle est là, il faut l’écrire ! Mais je n’avais pas spécifiquement prévu de faire de l’adulte blanche, c’est vraiment quelque chose qui s’est présenté comme ça, et du coup, il faut le faire.

Sortir de l’Imaginaire, trouver un éditeur pour un roman adulte en littérature blanche n’a pas été trop compliqué ?

Je suis contente que ça ne soit pas moi qui m’en soit chargé ! A peu près à la même époque où j’écrivais ce roman, je me suis dit que le travail de démarchage des éditeurs, le travail de négociation des contrats, le travail de discussion autour du projet, je ne savais pas le faire. Il faut être conscient de ses faiblesses, et ça c’est un grosse faiblesse que j’ai, et donc, manifestement il me fallait un agent. J’ai fait une recherche, j’ai trouvé un agent, c’est rare encore en France mais je pense que c’est appelé à se développer parce q’il n’y a pas de raison que ça fonctionne à l’international et pas en France.

C’est un métier à part entière…

Exactement. A l’heure actuelle, c’est un métier encore peu répandu dans la littérature francophone, mais je pense que c’est appelé à se développer et donc j’ai trouvé un agent et je lui ai dis, tiens, j’ai ce projet, c’est de la littérature générale, je ne sais pas à qui l’adresser, et elle a fait tout le travail.

Il sortira où, finalement, ce roman ?

Au éditions du Seuil, à priori à la fin du printemps 2019.

C’est possible de m’en dire un peu sur ce roman, ou c’est trop tôt ?

Oui bien sûr, normalement je peux, c’est juste qu’il y a toujours une phase entre le moment où la décision est prise et le moment où le roman sort où, comment dire, on n’y croit pas.

Si vous n’avez pas envie d’en parler, ce n’est pas un problème !

Non non, je n’ai aucun problème avec ça, c’est juste que j’ai très peu communiqué dessus. Ce n’est pas parce que je n’ai pas le droit, ni parce que je n’en ai pas envie, c’est un peu que je suis tellement excitée par la nouvelle et par ce qui va se passer que je n’ose pas. C’est un peu de la superstition. C’est un roman qui est à double voix puisqu’en fait on suit un trentenaire, enfin plutôt vers 40, en pleine crise de la quarantaine, divorcite aigüe et remise en question professionnelle qui se retrouve à retourner dans la maison familiale parce qu’elle va être vendue, et en même temps, on suit sa grand-mère de 19 ans sous l’occupation, dans la même maison, dans le même village, mais pas du tout à la même époque ! C’est un roman qui tourne autour des secrets de famille, et de l’impact que ça a sur les générations suivantes.

On est un peu comme dans Le Passageur, finalement, avec les deux époques qui se répondent…

Oui, tout à fait, j’aime bien ce genre de choses, les voyages dans le temps, la temporalité. C’était déjà présent dans les enfants d’Evernight, où on avait des enfants qui provenaient de plein d’époques différentes. J’aime bien ce genre de travail, et puis un autre de mes sujets de prédilection, qu’on retrouve dans beaucoup de mes romans, c’est l’impact sur les générations suivantes des actions des générations précédentes. Comment les choses qui sont arrivées à nos parents, à nos grands-parents influencent la façon dont on mène notre vie.

Les enfants d'Evernight 1 - Mel Andoryss

Sur la BD, c’est vous qui proposez des idées de scénarios à un illustrateur, un illustrateur qui vient vers vous ? Ça se passe comment ?

C’est un peu des deux. C’est rarement moi qui propose un scénario à un illustrateur parce que je suis souvent en retard dans tous mes projets et que donc j’ai rarement de me dire, tiens j’ai rien à faire, si j’écrivais un scénario de BD…

Effectivement, j’ai vu sur votre blog que votre to-do liste était bien remplie !

Je suis toujours débordée, je n’ai même pas le temps de remplir le blog. Du coup,  c’est rarement moi qui propose. C’est de temps en temps un dessinateur qui vient me voir en me disant  » je travaillerais bien avec toi est-ce que tu as des choses à me proposer ? », et donc là, on essaie de travailler ensemble, des fois ça marche, des fois ça marche pas… mais c’est assez souvent mon directeur de collection chez Delcourt qui me dit je veux un projet là-dessus qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu as envie de travailler dessus, j’ai un dessinateur… C’est comme ça que ce sont faites mes deux dernières collaborations.

Ecrire sur commande, sur un sujet, comme ça, n’est pas trop difficile ?

C’est moins sur un sujet que sur un thème. Pour Soufflevent, je connaissais le dessinateur, Xavier Collette. Mon éditeur est venu me voir en me disant « Xavier Collette cherche un scénario steampunk, qu’est-ce que t’en penses ? » Et j’ai fait des propositions jusqu’à ce que Le Soufflevent arrive et qu’il me dise « c’est trop ça que je veux faire ». C’est pas un sujet, c’est un thème très général. Pour Le Cercle qui était aussi ce genre de travail, on m’avait dit « fais-moi un comics ». Après je suis complètement libre de partir dans la direction que je veux.

Soufflevent 1 - Mel Andoryss et Xavier Collette  Le cercle 1 - Mel Andoryss et Nesskain

Est-ce qu’il y a parfois des thèmes qui ne matchent pas, qui ne vous plaisent pas dans ce qu’on vous propose ?

Ce n’est pas arrivé. La seule chose qui est arrivée effectivement, c’est un illustrateur qui voulait travailler avec moi, j’avais envie de travailler avec lui, il est très bon par ailleurs, et en fait normalement quand la collaboration se passe bien, j’envoie au dessinateur la description de mes personnages, le dessinateur me renvoie sa version dessinée des personnages, et si la collaboration se passe bien, la version du dessinateur remplace dans ma tête la version de mes personnages. Et là, tout ce qu’il m’envoyait, je ne reconnaissais pas mes personnages… je lui réexpliquais, il m’en renvoyait et ça ne marchait toujours pas. Au bout d’un moment je lui ai dis, ça marche pas, on ne se comprend pas, on utilise pas les mêmes mots pour décrire la même chose, au niveau ambiance, ça va pas le faire. Je ne peux pas travailler si je ne reconnais pas mes personnages, donc on a arrêté. Manifestement, nos univers ne se répondaient pas. Et dans ce cas là, il ne faut pas forcer, si on voit que ça ne va pas marcher, ce n’est pas la peine d’insister.

Le deuxième tome du Passageur va bientôt arriver…

Il est en cours d’écriture. il est en retard, mais il va arriver.

J’ai trouvé le thème de ce roman très intéressant. La Commune, ce n’est pas un sujet qu’on voit souvent. C’est une idée qui est venue comment ? C’est une période de l’Histoire qui vous parle particulièrement ?

Ça a toujours été une période de l’Histoire qui m’intéressait. J’ai découvert La Commune de Paris, tout à fait par inadvertance en fait, en m’intéressant à l’Histoire de France. Je découvre La Commune de Paris, qui est un événement ponctuel, une tentative de quelques mois, quelque chose qui est figé localement, parce que finalement, en dehors de Paris, il ne s’est rien passé ! J’ai été fascinée par les initiatives mises en place, le travail réalisé en si peu de temps, la redistribution des richesses, la prise en charge des veuves et orphelins… La Commune de Paris c’est 1870, on peut pas parler de communisme finalement, parce que le communisme ne se met en place qu’en 1917. Ça ne marche pas, mais l’idée est déjà là en fait, l’idée de créer un Etat dans l’Etat où on va tous être égaux et où on va partager les richesses et se soutenir les uns les autres, c’est déjà là. Et c’est superbe en fait, vu de l’extérieur. Après dans la littérature, qui est une littérature bourgeoise au XIXème siècle, majoritairement, le jugement porté sur La Commune est extrêmement sévère. C’est des barbares, c’est des sanguinaires, et c’est sans doute en partie vrai…après on peut pas dire non plus que la répression des Versaillais ait été pacifique ! J’ai pas l’impression que la bourgeoisie ait été plus digne d’éloges… personnellement je ne trouve pas. Dans cette histoire là, oui effectivement, je ne pense pas qu’ils aient été tendres, on sait qu’ils ont fusillé des hommes d’église, des militaires, mais en face il faut voir ce qu’ils avaient… quand les militaires et le gouvernement de Versailles ont repris Paris, ils ont pas fait dans la dentelle. Ce qui est assez extraordinaires, c’est que c’est ces mêmes gens qui auraient marché sur les Communards à l’époque, qui vont déposer des fleurs au mur des fédérés une fois par an, c’est d’une hypocrisie crasse. Ils disent « ah, les révolutionnaires, ah, les Communards », mais en fait, ils ne sont pas dans votre camp, ils sont dans le camp du peuple, ils ne sont pas dans le camp de l’Etat, ils sont dans le camp du petit parisien qui crève de faim, donc s’accaparer comme ça les mérites d’un mouvement insurrectionnel quand on est du côté du gouvernement, c’est un petit peu osé quoi !

J’aime beaucoup La Commune de Paris, on n’en avait pas du tout parlé quand j’étais à l’école, on n’en parle pas dans les livres d’Histoire, du coup je me suis dit c’est l’occasion puisque Lynks m’avait demandé de faire quelque chose d’un peu engagé politiquement, je me suis dit La Commune de Paris, c’est pas mal !

Le passageur tome 1, le coq et l'enfant - Andoryss

C’est Lynks qui est venu vers vous ?

Oui, suite à ma publication de l’Architective chez Castelmore, ils m’ont dit « on voudrait quelque chose dans le même genre, mais plus engagé politiquement ». J’ai fait Le Passageur.

J’étais contente de trouver cette époque que je trouve passionnante dans un texte qui s’adresse aux jeunes qui n’en entendent pas parler à l’école… Ça n’a pas duré longtemps, mais c’est quand même un événement important de notre Histoire…

Je n’ai pas une vocation de militantisme avec ce roman, j’ai une certaine vocation pédagogique, c’est à dire que je me dis que pour porter un jugement sur le monde moderne, c’est bien d’avoir toutes les informations, et La Commune de Paris c’est une information. Si on ne raconte pas aux jeunes qu’il y a eu des mouvements comme celui-là, des tentatives comme celle-là, on se retrouve à avoir toujours les mêmes conversations, « la société capitaliste ça me convient pas, mais on ne peut rien mettre d’autre en place », alors qu’en fait le capitalisme c’est quelque chose de très récent, et l’Histoire est pleine d’initiatives différentes. Mais on nous fait croire qu’il n’y a pas d’autres solutions…

De la même manière, dans le roman, vous choisissez de mettre en scène des gens du voyage, des forains. On ne les voit pas souvent, dans les romans, pas raconté comme ça du moins…

On ne les voit pas, le verbe est juste. On ne les voit pas. Ils sont complètement invisibilisés dans notre société. C’est à dire que c’est une communauté au sens premier du terme. Ils sont entre eux, ils aiment pas trop qu’on vienne se mêler de leurs affaires, et en fait la société ne les laisse pas trop s’intégrer au commun des mortels. Dans les collèges, c’est des gamins qui  ne vont pas forcément créer des amitiés avec les autres gamins de la classe, et c’est réciproque.

Effectivement, les sédentaires n’ont pas trop envie d’aller vers eux non plus.

C’est dans les deux sens. C’est vraiment dans les deux sens. Il y a une espèce de méfiance réciproque, d’à priori réciproque. Il y en a une partie qui à tendance à juger, « c’est des gens du voyage, on sait pas qui ils sont, c’est tous des voleurs, ils sont sales » et de l’autre côté, je pense qu’ils en prennent tellement plein la figure tout le temps qu’ils se méfient. Du coup,  j’ai choisi de créer un héros hybride parce que je voulais qu’il soit quand même intégré et parce que je ne suis pas une experte dans la communauté des gens du voyage donc j’avais besoin qu’il soit intégré pour pas raconter de bêtises. Je lui ai fait dire qu’il lutte tous les jours pour déconstruire l’image que les gens ont de lui. Comme il est de la communauté des gens du voyage, tous les jours il faut qu’il déconstruise cette image, « oui j’apprend mes leçons, oui je rends mes devoirs, non je ne vais pas sécher les cours ». Tous les jours, c’est pénible.

Concernant Lynks, c’est une toute jeune maison d’édition, même s’il y a du monde derrière avec de l’expérience. Vous avez été tentée tout de suite ?

Oui, parce que c’est Charlotte Bousquet (autrice de Shâhra, qui fait aussi partie des 21 sélectionnés du PLIB 😉) qui m’a proposé le projet, et c’est quelqu’un dont je partage les valeurs, on peut avoir le même genre de discussion que celle qu’on est en train d’avoir. Humainement, politiquement, socialement, économiquement, on a un peu le même genre de valeurs et donc quand elle m’a dit je veux la même chose (que l’Architective) en plus engagé, je savais que je pourrais aller très loin dans le prosélytisme politique, je pouvais faire de l’engagé, du vrai engagé. Et me permettre de faire dire à un prof d’histoire-géo que c’est toujours les pauvres qui perdent. Pour moi c’était important qu’un jour un adolescent lise ça et dise « quoi ? » et que ça le fasse réfléchir. Qu’en fait les riches gagnent et les pauvres perdent. C’est pas une histoire… Quand on réfléchit à la Révolution Française, on se dit c’est le peuple qui a gagné contre la noblesse, alors qu’en fait non, c’est une révolution bourgeoise la Révolution Française. S’il n’y a pas la bourgeoisie derrière, il ne se passe rien. Robespierre, Danton, c’est des bourgeois. Le jeu de paume, c’est des bourgeois. C’est tous des bourgeois. Non seulement ça, mais en plus la noblesse, à l’époque où ça se passe, toutes ses richesses sont fictives, elle est endettée au dernier degré auprès de la bourgeoisie. Donc qui a l’argent ? Les bourgeois. Les bourgeois se servent du peuple pour renverser la noblesse et prendre sa place, mais c’est une révolution qui n’est pas populaire contrairement à tout ce qu’on a voulu nous faire croire.

Même quand la Russie se soulève en 1912, la révolution est populaire sur ses premières heures et très vite, ils font venir Lénine en train. Il traverse en train tous les Etats d’Europe, il était en exil, il prend la tête de la révolution, et il met en place une élite. Dès le départ, perdu ! C’est un mouvement qui était parti sur un modèle marxiste, et qui se retrouve avec une élite éclairée qui va décider pour les autres… C’est pas un Tsar, c’est Lénine, mais c’est la même chose. Et le peuple a perdu.

On peut retrouver ça à peu près partout, systématiquement, quand le peuple prend le pouvoir, très rapidement il y a quelque chose, quelqu’un qui intervient, et qui dit « on va gérer ».

Chez Lynks, avec Charlotte Bousquet, je savais que je pouvais faire La Commune de Paris et y aller franco.

Ça donne un très chouette résultat, je lirai avec plaisir la suite. J’imagine que le deuxième tome se passera à un autre moment, une autre époque ?

Ça sera la deuxième guerre mondiale, Paris sous l’occupation. Il y a aussi beaucoup de choses à dire, en sachant que cette fois-ci je m’oriente plus sur le traitement des patients en hôpital psychiatrique, le traitement des femmes, et puis tout ce qui avait lieu à cette époque là encore, à savoir les électrochocs, la lobotomie. On oublie, mais ça n’a pas cent ans, la lobotomie, c’est récent. 86% des lobotomisés étaient des femmes. Parce qu’elles sont hystériques quand mêmes ! Du coup, je travaille plutôt de ce côté là. A chaque fois je vais essayer de toucher un thème qui me parle.

Vous envisagez combien de tomes ?

Autant que Lynks le veut. Le jour où Lynks me dit on en fait un dernier, je sais déjà comment je vais clôturer mon histoire, exactement. J’en fais dernier, je termine et c’est tout^^

Vous avez déjà des thèmes prévus ?

Quatre. Il y a matière à poursuivre. Et à chaque fois que j’ai une idée, je la laisse grandir. L’avantage avec une série comme Le Passageur, c’est que je peux regarder tous les thèmes sur lesquels j’ai pris des notes et me dire je vais faire celui-là. Parce qu’en fait il n’y a pas d’impact. C’est un tome, une enquête, donc je peux vraiment enchaîner les thèmes dans l’ordre que je veux sans problème.

Il vous permet de voyager dans le temps…

Sans bouger de mon canapé… enfin de mon bureau plutôt !!!

En plus de votre travail d’autrice, vous êtes toujours prof ?

Oui de SVT en collège, à mi-temps pour me laisser le temps d’écrire.

C’est important pour vous de rester prof ? C’est un choix ?

C’est les deux, c’est important parce que ça me structure, j’ai des collègues, j’ai des élèves, j’ai des choses tangibles, je rencontre des gens avec qui je parle… Le métier d’auteur c’est un métier très solitaire en fait. Si je n’étais qu’auteure, je serais tout le temps chez moi toute seule. C’est pas la même vie. Avoir la moitié de mon temps à écrire toute seule j’aime bien. Avoir la moitié de mon temps au collège, c’est super. Je ne sais pas si je serais capable de faire l’un des deux à temps complet. J’ai été prof à temps plein, mais j’étais auteure à côté. Je ne sais pas si je pourrais redevenir prof à temps plein, ou être auteure tout le temps.

C’est un équilibre qui vous convient bien finalement…

Oui, par contre, si à un moment je n’arrive pas à écrire tout ce que je veux, je réfléchirai à devenir auteure à temps plein, parce que c’est le métier dont je ne peux pas me passer.

J’ai vu que pour le roman de blanche, vous alliez écrire sous votre nom. C’est pour différencier vos activités ?

En partie. Je suis toujours partie du principe que j’allais signer sous plein de noms différents, parce que j’écris plein de genres différents et je n’ai pas l’impression d’être la même personne quand j’écris tel ou tel style. Andoryss c’est le rêve, c’est la jeunesse… Là, c’est roman ou il n’y a pas un pet d’imaginaire, et le public auquel il est destiné risquerait de ne pas accéder à l’histoire en fonction du nom qui est marqué sur la jaquette. Il pourrait ne pas comprendre. et ça serait dommage que ce roman ne trouve pas son public sous prétexte que j’ai mis un pseudo sur la jaquette. Donc je vais mettre un vrai nom qui ne va pas leur faire peur, auquel ils ne vont pas faire attention, et ils vont aller lire le bouquin et ça sera très bien !

C’est comme quand on choisit un titre pour un roman en fait. Il faut choisir un titre, comme un nom d’auteur, qui va raconter au lecteur ce qu’il va lire. Je n’ai pas d’attachement spécifique à mon nom de famille, ou à mon « vrai nom ». Là j’utilise mon vrai nom parce que je ne vais pas pousser la schizophrénie jusqu’à inventer un vrai faux nom. Je veux bien utiliser mon vrai prénom, mon vrai nom. Il me semble que par exemple, le jour où je ferai un autre genre de roman, et que mon nom ne se prêtera pas à ce genre là, je créerai une autre identité. C’est créer une identité secrète qui correspond au lecteur, qui correspond au genre, qui correspond à l’histoire. On n’est pas tous obligés de faire ça, mais moi je trouve ça rigolo, intéressant.

Et là, comme c’est pas dans l’imaginaire, c’est avec votre vrai nom.

C’est dans la vie réelle donc je mets mon nom réel.

Et vis à vis de l’éducation nationale, de vos élèves, il n’y a pas de difficulté ?

Tous mes élèves savent que j’écris, alors un peu plus un peu moins…

Ils vous lisent ?

Certains, c’est arrivé. Les BD notamment, le Soufflevent beaucoup. Les enfants d’Evernight, Architective… Mais c’est incroyable ce qu’un élève est capable de faire que les adultes ne soupçonnent pas. Ils n’ont jamais mélangé les deux. Ils savent parfaitement faire la part des choses. Ils sont tout à fait capables d’être un élève de SVT en cours de SVT, et de venir me voir à la récréation pour me demander une dédicace. Ils ne mélangent jamais. Je n’ai jamais eu aucune question sur mon métier d’auteur pendant les heures de cours. Il n’y a jamais eu de conflit avec ça. Ils savent.

L'Architective 1 - Mel Andoryss

Concernant l’Architective, il était présenté comme un premier tome…

Oui c’était un premier tome, et en fait mon éditeur m’a dit on n’en fera pas de deuxième. Et j’ai dit on n’en fera pas de deuxième chez vous.

Il y aura un deuxième ailleurs ?

J’espère bien. Je suis en passe de récupérer mes droits, on réfléchit à voir où est-ce qu’on le sort, en sachant que mon Architective évolue dans le même monde que mon Passageur. Ça va se voir, parce que dans le tome 2 du Passageur qui sort au mois de mai il va croiser Malaurie. Ils sont aussi dans le même lycée. Mon but c’est de faire une petite équipe, les “anormaux anonymes” qui se retrouvent. Ils ne sont tous en classe de seconde… Au bout d’un moment, Malaurie va faire le liant. Mon but derrière c’est de faire des Passageurs, des Architectives, peut-être pourquoi pas si le truc marche bien, de faire des Malaurie, et puis du coup de voir comment ils fonctionnent, comment ils interagissent entre eux, comment interagissent leurs pouvoirs… Il va y avoir l’ombre de la Confrérie qui plane au-dessus d’eux, parce qu’à un moment, un nid d’enfants comme eux, ça va se voir. Sachant que Armand, mon Architective, est très protégé, puisqu’il a des parents haut placés. Mon Passageur n’est pas protégé du tout. Pour lui ça va être plus compliqué.

Ça a été difficile de récupérer les droits ?

C’est pas moi qui l’ait fait, c’est mon agent.

Vous republierez le premier tome chez le nouvel éditeur ?

Je pense. On va attendre que l’édition précédente s’épuise, ou en tout cas qu’ils n’aient plus les droits et qu’elle meure de sa belle mort. J’aurais le temps certainement de publier deux ou trois Passageur, et puis on relance un deuxième Architective…

Il ne faut pas faire quelque chose de trop gros, se lancer dans un truc trop  ambitieux ou trop long, je me disais ils sont en seconde… Soit ça marche bien et je ne fais que l’année de seconde, et donc il y aura quatre, cinq, six bouquins dans l’univers, soit ça marche super bien et on les accompagne jusqu’à la fin du lycée. On les voit devenir adultes, et vivre leur différence au milieu de la communauté des lycéens, où on sait que la différence c’est compliqué, même quand elle est beaucoup plus simple que la leur.

Et du coup l’Architective, vous lui cherchez aussi une maison où vous aurez la liberté de le faire évoluer…

Oui tout à fait, de travailler le mieux possible pour que l’histoire puisse grandir…

Je n’ai pas vu le temps passer mais on va être obligées de s’arrêter…  je vous remercie pour cet échange, je suis ravie d’avoir fait votre connaissance.

Moi de même ! Cétait très sympa !

J’ai repris contact avec Mélanie depuis cette interview, pour recueillir sa réaction quant au fait que Le Passageur soit parmi les 21 sélectionnés du PLIB2019 :

Je suis hyper contente de faire partie de la sélection du PLIB et très fière d’avoir retenu l’attention du jury. La sélection est superbe! Je n’ai pas tout lu, mais ceux que je n’ai pas lu, j’en ai entendu parler en bien!

La concurrence est rude, mais il y a de nombreux titres intéressants, donc c’est toujours chouette de se voir distinguer au milieu d’un tel panel.

Merci beaucoup, pour la rencontre et le reste!

Je remercie encore Mélanie pour le très bon moment passé ensemble, et le très riche échange que nous avons eu. Je ne vous en ai retranscrit qu’une partie, car nous avons digressé au milieu, sur le thème de la scolarisation des gens du voyage, et certains sujets ne doivent pas être abordés publiquement par une professeure^^

Merci aussi aux Utopiales, ainsi qu’à Estelle, l’attachée de presse, et Mona son assistante, d’avoir permis la réalisation de cette interview dans de bonnes conditions.

Et merci à vous qui êtes passés par là et avez eu le courage de rester jusqu’à la fin. J’espère que cet échange vous aura permis de mieux découvrir Mel Andoryss, et vous aura donné envie de découvrir ses romans si ce n’est pas déjà fait !

Ma chronique du premier tome du Passageur se trouve par là, et je vous ai mis ci-dessous le trailer du Passageur, des fois que vous ne soyez pas encore complètement convaincus !

#PLIB2019

#ISBN:9791097434151

Publicités

Une réflexion sur “Interview de Mel Andoryss – Utopiales 2018 – #PLIB2019

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.