Et j'abattrai l'arrogance des tyrans - Marie-Fleur Albecker

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans – Marie-Fleur Albecker – #RLN2018

Et j'abattrai l'arrogance des tyrans - Marie-Fleur Albecker

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans est le premier roman de Marie-Fleur Albecker. Il a été publié le 24 août 2018 aux éditions Aux forges de Vulcain.

Résumé :

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d’Angleterre. Quand le roi décide d’augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l’égalité des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Johanna, une Jeanne d’Arc athée, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’égalité, il serait bon de parler d’égalité homme-femme…

Avis :

Une fois de plus, c’est la vilaine Violaine (désolée pour cette paronomase pourrie, mais ses bons conseils finissent par faire déborder ma wish-list 😂) de la chaîne et du blog Pikobooks qui m’a donné envie de découvrir ce roman. Si tu passes par là, sache que je ne t’en veux pas de me donner toutes ces idées, surtout quand, comme ici, la découverte est aussi belle.

Ce livre est le premier roman de Marie-Fleur Albecker, professeure d’histoire-géographie, c’est à dire qu’elle connaît un bon minimum les événements qui ont servi de base à cette histoire. Si vous voulez vous renseigner un peu sur le contexte, vous pouvez aller voir la page de Wikipédia sur les révoltes anglaises de 1381, en vous rappelant, bien sûr, que tout ce qui est sur cette encyclopédie participative en ligne n’est pas parole d’évangile. Il n’y est fait mention d’aucune femme. Mais étaient-elles réellement absentes, ou ont-elles été « oubliées » par les historiens ???

Jean Froissart [Public domain], via Wikimedia Commons

Jean Froissart (domaine public)

Toujours est-il que le parti pris de l’autrice est de nous présenter cette révolte par les yeux d’une femme, Johanna, qui s’engage pour lutter contre toutes les oppressions, celles contre les paysans étouffés par les impôts, mais aussi, le rêve-t-elle, celles des femmes, qui quittent un père pour un mari, qui font des enfants et tiennent la maison, mais qui pourtant aussi doivent être capable de tout gérer quand leurs paysans d’époux sont envoyés à la guerre (comment ça, ça ressemble étrangement aux autres guerres, y compris les deux guerres mondiales du XXème siècle ???).

J’ai été scotchée par le style de Marie-Fleur Albecker, qui jongle entre Moyen-âge et modernité. Comme je l’ai entendu dire en interview, elle souhaitait montrer que le Moyen-âge n’est pour certains aspect pas si loin que ça de notre époque… et que ce n’est pas parce qu’on parle d’un roi qu’on ne peut pas, s’il est adolescent, parler de sa probable acné^^ Même si je me doute que ce parti pris de langage a pu gêner certains lecteurs, j’ai pour ma part complètement adhéré au concept.

Son récit est présenté par la voix d’un narrateur externe, et pour ne pas hacher la lecture par les dialogues, l’autrice a pris le parti de nous épargner guillemets et tirets. Pas de quoi se perdre pour autant. Ces paragraphes-là débutent par le nom du personnage qui s’exprime et deux points. C’est juste que, visuellement, c’est plus fluide.

On croit par moments, se retrouver dans une manif contemporaine : « Arrêter notre représentant, injuste ! Il a parlé pour nous tous ! Vous voulez l’arrêter, arrêtez-le avec nous ! Ouais, et avec mon bâton dans la gueule en plus. On défie pas la justice du roi, connard, on dénonce les abus ! Ecoute-nous et va expliquer ça au roi, au lieu de nous insulter comme de la racaille ! »

Et j’adore la manière de s’exprimer et de penser de Johanna. Je dis de penser, car heureusement qu’on est régulièrement dans sa tête, parce qu’il ne faut pas compter sur les hommes pour lui donner la parole ! Elle nous fait d’ailleurs plusieurs rappels de la condition de la femme en 1381, comme celui-ci : « …elle l’avait séduit « avec ses manières de sorcière » car alors, on est sorcière à peu de frais (une femme un peu étrange? sorcière ! C’est une équation aussi simple et aussi vieille que les siècles). » Vous me demanderez, mais qu’est-ce qui a changé à ce sujet ? Pas grand chose hélas. A un moment, on ne disait plus sorcière mais hystérique, et de nos jours on utilise un mot encore pire : féministe !!! Une injure qui dépasse toutes les autres dans la bouche d’un homme, mais qui est reçu comme un compliment dans les oreilles d’une femme 😂

Johanna est un personnage extraordinaire, avec des idées très modernes pour le XIVème siècle, et la force de l’autrice est de nous les transmettre avec un vocabulaire actuel : « mais c’est quoi ce délire, tu crois savoir mieux que moi parce que tu es un homme ? Tu tentes de mecspliquer la vie? Mec, j’ai trente ans, j’ai pas de gosses, tout le monde me méprise et je m’en bats la rate… »

Vous l’aurez compris, ce roman a été une magnifique découverte, aussi bien par son intrigue (que je vous laisse découvrir plus avant dans les pages du livre), que par le style affirmé de son autrice. Elle a osé le mélange des styles, et c’est très réussi ! Au passage, merci aussi à l’éditeur qui a osé publier et accompagner un premier roman qui casse les codes ! On est pour moi ici dans le plus beau rôle d’un éditeur, faire découvrir une nouvelle plume, et qui plus est une plume qui va au-delà des habituelles conventions de la littérature « blanche ».

La version papier de ce roman m’a été envoyée par les éditions Aux forges de Vulcain. Merci David pour la confiance et les échanges très sympathiques. Je l’ai lu dans le cadre de La rentrée littéraire du net 2018.

3 réflexions sur “Et j’abattrai l’arrogance des tyrans – Marie-Fleur Albecker – #RLN2018

  1. Gwenn Ha Lu dit :

    Je suis plus mitigée. J’ai adoré la fougue de Johanna, la révolte qui s’embrase mais j’ai été gênée par le style (recours aux anachronismes, utilisation d’un langage cru, multiples digressions de l’auteure sur la géographie de l’époque et absence de dialogues).

    Aimé par 1 personne

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