D'un trait de fusain - Cathy Ytak

d’un trait de fusain – Cathy Ytak

D'un trait de fusain - Cathy Ytak

D’un trait de fusain est un roman de Cathy Ytak, publié en septembre 2017 dans la collection Les Héroïques des éditions Talents Hauts, maison d’édition que j’affectionne tout particulièrement.

Résumé :

1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. À l’âge des premières expériences amoureuses, l’épidémie de sida s’immisce brutalement dans leurs vies. La plupart des adultes se taisent et semblent ignorer la tragédie. Mary décide de briser le silence, d’affronter le regard de ses parents, de la société, et de s’engager.

Avis :

Je pensais acheter ce livre à Rue des Livres, à Rennes fin mars, mais Cathy Ytak avait dû annuler sa venue à la dernière minute pour des raisons familiales. En me promenant dans les allées d’Étonnants Voyageurs à Saint Malo il y a quinze jours, je suis tombée par hasard sur l’autrice, malouine d’adoption, qui dédicaçait… Je suis restée discuter avec elle un moment, notamment de ce roman, et du sujet qu’il aborde, les débuts de l’épidémie du SIDA, et comment notre génération, les quadras, a vécu la découverte de l’amour avec l’angoisse de cette maladie dont on connaissait si peu… Et je suis repartie avec le livre… que j’ai lu rapidement car c’est un sujet qui m’intéresse grandement.

J’ai donc plongé dans cette histoire aux côtés de Mary, Sami et les autres, au lycée en 1992. Déjà rien que la date a une saveur particulière pour moi, car 92/93, c’est mon année de terminale, et j’ai du coup été particulièrement sensible aux références culturelles assez proche des miennes à l’époque. C’est d’ailleurs une sensation assez bizarre, que d’avoir l’impression d’avoir vécu une partie des événements de l’intérieur. Un retour sur mes années lycée assez troublant par moment.

J’ai découvert avec ce roman la plume de Cathy Ytak, et je suis conquise. Elle est à la fois forte, brute, et très poétique. Elle n’esquive pas les réalités, aussi difficiles soient-elles. Elle parle sans détours des amours adolescentes, de l’homosexualité, de la maladie, qui n’est pas que un « cancer gay », une « maladie de pédés », comme on pouvait l’entendre à l’époque.

Le roman est divisé en deux parties. La première nous présente  les protagonistes, et leur vie quotidienne, rythmée par le lycée, le bistrot (bière/clope/flipper), les premiers émois… Dans leur classe d’art, des modèles viennent pour des séances de nu. C’est comme ça que Joos fait son apparition dans leur vie. Pendant ce premier tiers du livre, on suit des jeunes tout à leur bonheur, leur petite vie, et bien évidemment leurs problèmes quotidiens, familiaux ou autres, qui leurs paraissent insurmontables, mais qui bientôt sembleront dérisoires…

La deuxième partie du roman s’ouvre sur une chanson de Bronski Beat, remise au goût du jour avec le film 120 battements par minutes, Smalltown Boy, dont je vous mets le clip d’origine ci-dessous, et avec la révélation de la séropositivité d’un des personnages. Tout bascule…

Nos ados se retrouvent alors confrontés à la dure réalité de la maladie, à la honte, la peur, à la violence et au rejet des gens face aux personnes atteintes du SIDA, ou seulement séropositives. A la difficulté d’être un jeune homosexuel, tout particulièrement à ce moment là, avec la peur ambiante… Tout ça et bien plus encore est admirablement raconté par l’autrice. Elle nous dépeint la fin de l’insouciance de cette génération, perdue entre la peur de mourir d’amour et la volonté farouche de vivre : « Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on n’a rien vécu ? ». On découvre aussi la manière dont l’infection de l’un d’eux va bouleverser la vie de tout le groupe, et faire naître l’engagement militant de certains d’entre eux, qui ont besoin d’être dans l’action pour survivre. On va découvrir ActUp de l’intérieur avec eux, par le biais des rencontres, des actions comme les die-in, ces manifestations où tous se couchent pour simuler la mort de leurs camarades, dans le silence le plus total…

ActUp silence = mort

die in libération

©Libération

J’ai adoré ce livre, autant pour les souvenirs qu’il a fait remonter à la surface, que pour la qualité de l’écriture de l’autrice et la puissance de l’intrigue. Sans compter que c’est une nécessité de parler du SIDA aux ados d’aujourd’hui, car ils ont trop souvent perdu de vue que c’est une maladie mortelle, et qu’il existe des moyens faciles de s’en protéger. Je ne mets pas souvent de citations des livres que je chronique, mais aujourd’hui, je voudrais laisser le mot de la fin à Cathy Ytak, à travers la voix d’un de ses personnages, dont je tais le nom pour ne pas vous divulgacher toute l’intrigue :

« Dis-leur que je suis séropositif parce que j’ai déconné. Une fois, une seule fois j’ai déconné. Et cette seule fois-là a suffi. Dis-leur qu’on croit toujours que la jeunesse nous protège de la mort, et que c’est pas vrai, pas vrai du tout. Dis-leur, … que j’ai passé des nuits à hurler en silence, de désespoir et de terreur quand j’ai découvert pour de bon ce que c’était d’être mortel. »

2 réflexions sur “d’un trait de fusain – Cathy Ytak

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