Aquarium - David Vann

Aquarium – David Vann

Aquarium - David Vann

Aquarium est un thriller de David Vann, publié en octobre 2016 chez Gallmeister dans la collection Americana, et en version poche dans leur collection Totem en avril 2018. C’est la version que j’ai lue.

Résumé :

Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident. Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.

Avis :

Ce roman est mon premier David Vann. J’avais depuis longtemps envie de découvrir cet auteur, j’ai d’ailleurs un de ses titres dans ma PAL (Désolations). Mais il a fallu une conférence lors du festival Étonnants Voyageurs, à Saint Malo il y a 8 jours, sur les mythes et la littérature, où il intervenait en compagnie d’Estelle Faye et Lionel Davoust (oui, belle brochette^^) pour que je me décide enfin. J’ai entendu ce jour là quelqu’un d’extrêmement passionnant et passionné, abîmé par la vie (il nous a expliqué que son parcours de vie est jalonné de drames, de suicides et de meurtres), mais en même temps dégageant une telle sérénité, qui parlait de son dernier livre , une relecture du mythe de Médée, L’obscure clarté de l’air. J’aurais bien opté pour ce titre, mais qui dit nouveauté dit grand format, et mon porte-monnaie s’y est fermement opposé. Il a déjà fallu que je bataille pour un poche, mais il n’a pas eu gain de cause 😂😂😂 Parce que oui, je vous l’ai dit, j’ai Désolations dans ma PAL, mais après la conférence, j’avais envie d’aller à sa rencontre, de discuter un peu, et puis bon, après tout, pas besoin d’excuse pour acheter un livre qui n’aura finalement même pas eu le temps de prendre la poussière sur une bibliothèque !

J’ai donc échangé un moment avec un homme éminemment sympathique, bien qu’assez réservé. Je me dis, moi qui suit une grande timide, qu’il doit être très compliqué pour certain(e)s auteurs/autrices d’aller à la rencontre de leur lectorat. Chacun d’entre nous arrive avec déjà une connaissance, une relation particulière aux livres de la personne rencontrée, alors qu’eux, en face, rencontrent le plus souvent des inconnus dont ils ne savent rien. Ça doit être flippant… Bon, bref, nous avons un peu parlé de son dernier livre, dont il m’a gentiment dit qu’il sortirait sans doute en poche d’ici la fin de l’année, et de la conférence à laquelle j’avais assistée. J’ai choisi de lui prendre Aquarium. Pourquoi ? Déjà, la couverture illustrée par Sam Ward est magnifique, et ajoutée à la quatrième de couverture très mystérieuse, l’affaire était pliée. Je n’ai pas cherché à en savoir plus (et j’ai bien fait), j’avais juste envie de plonger dedans en rentrant à la maison.

Il va être compliqué pour moi de vous parler de ce roman pour deux raisons. La première, c’est que je ne voudrais pas trop en dévoiler sur l’intrigue et ses multiples rebondissements, pour une fois qu’une quatrième de couverture ne gâche pas tout (merci Gallmeister), je m’en voudrais de le faire. La deuxième c’est parce que ce livre m’a énormément remuée. Il m’a tiré des larmes, ce qui est assez rare quand je lis, contrairement à la madeleine que je peux être devant un écran. Et je ne peux pas vous dire précisément pourquoi sans trop vous en dire… Voilà voilà, les choses sont posées, on va se lancer et essayer de faire au mieux.

La narratrice est Caitlin, la jeune héroïne, dont on apprend très rapidement dans le roman qu’elle a trente-deux ans au moment où elle nous raconte son histoire. On a donc le regard d’une adulte sur son enfance. Ce choix de l’auteur rend, je trouve, les différents rebondissements encore plus terribles. J’ai découvert dans ce roman une capacité de l’auteur à te retourner le cerveau au moment où tu es sûre d’avoir tout compris absolument hallucinante. J’ai d’ailleurs fini par essayer d’arrêter de me torturer le cerveau, et juste avancer en attendant de voir… mais allez demander à un cerveau d’arrêter d’échafauder des hypothèses dans un thriller ! Tout du moins quand celui-ci est bien construit.

Et j’ai rarement lu un thriller aussi bien construit. Comme je l’ai déjà dit, on a de multiples rebondissements et découvertes en tous genres, mais je n’ai jamais eu l’impression que c’était la révélation de trop. La plume de David Vann est captivante, j’ai été complètement happée. Et surprise aussi, de voir que les dialogues ne sont jamais soulignés autrement que par un saut de ligne. On est vraiment dans la tête de Caitlin, et on ressent les échanges qu’elle a avec les autres plus qu’on ne les visualise sur le papier.

Je n’aurais jamais cru pouvoir m’intéresser à ce point à la vie des poissons. Car il y a ce côté nature-writing qui est très présent dans le livre. Quand on est à l’aquarium, Caitlin décrit et raconte les poissons. C’est une encyclopédie vivante. J’ai d’ailleurs eu peur au début que ça ne soit trop pour moi. Mais non. Comme William G. Tapply avait su me passionner pour la pêche à la mouche dans Dérive Sanglante, aussi chez Gallmeister, David Vann a su m’intéresser aux poissons. Avec la valeur ajoutée par les illustrations intérieures de Christopher Russell, qui m’ont aidée à visualiser ces petites bêtes qui me sont ma foi assez étrangères. Enfin… un peu moins après avoir terminé le roman.

Aquarium David Vann Illustration intérieure

©Gallmeister/Christopher Russell

Caitlin est une jeune fille de douze ans très touchante. Elle grandit seule avec une maman qui travaille beaucoup, et son seul loisir, c’est son abonnement annuel à l’aquarium. Du coup, elle en connait tous les « habitants » par cœur. Elle a une relation très particulière avec sa maman, à la fois fusionnelle, et chaotique, comme peut l’être la relation de deux êtres humains qui vivent dans un petit espace et n’ont pas les moyens de sortir. Presque de l’étouffement, à être toujours l’une avec l’autre. Au fil du roman, d’autres personnages graviteront autour de ce couple, tous avec la même difficulté à entrer dans leur espace. Certains y parviendront, temporairement ou pas, d’autres échoueront. Mais cette relation mère-fille n’est qu’une partie de l’intrigue, beaucoup plus complexe. Les relations humaines sont au cœur de la construction de ce roman, dans toute leur complexité, leur multiplicité.

David Vann a su décrire l’âme humaine comme peu sont capables de le faire, et c’est ce qui m’a touchée. Au plus haut point, ce qui, je pense, peut être le cas de beaucoup de lecteurs, car les thématiques abordées sont nombreuses, et chacun peut se sentir proche ou touché par l’une ou l’autre, ou plusieurs à la fois. J’ai souvent lu ou entendu dire, David Vann, on l’adore ou on le déteste. Je conçois volontiers que c’est un auteur qui n’appelle pas à la demi-mesure. D’ailleurs, après avoir lu ce livre, je l’adore autant que je le déteste d’avoir su me toucher à ce point, de m’avoir fait baisser ma garde au point de laisser monter les larmes.

Aquarium restera longtemps gravé en moi. C’est plus qu’un coup de ♥, c’est aussi un coup au ♥, et j’espère avoir l’occasion de recroiser la route de l’auteur pour échanger avec lui sur cette lecture.

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2 réflexions sur “Aquarium – David Vann

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