Congo Inc. (le testament de Bismarck) – In koli Jean Bofane

Congo Inc. le testament de Bismarck - In Koli Jean Bofane

Congo Inc. est un roman de In Koli Jean Bofane publié aux éditions Actes Sud en 2014, et en février 2016 chez Babel pour la présente édition. Il a reçu le grand prix du Roman métis, le prix des cinq continents de la Francophonie, le prix coup de coeur Transfuge/MEET, le prix de l’Algue d’or – prix du public, le prix littéraire des bibliothèques de la ville de Bruxelles. Je l’ai reçu dans mon abonnement roman Exploratology pour le mois de septembre 2016, et je l’ai lu pendant le week-end à mille de novembre 2016.

Résumé :

Le jeune Isookanga, Pygmée ekonda, piaffe dans son village de la forêt équatoriale où un vieil oncle prétend régir son existence. Depuis qu’il a découvert l’Internet et les perspectives d’enrichissement immédiat que promettent mille variantes de la mondialisation, il n’a plus qu’un objectif : planter là les cases, les traditions, la canopée millénaire et le grincheux ancêtre pour monter à Kinshasa faire du business. Il débarque donc un matin dans la capitale, trouve l’hospitalité auprès des enfants des rues et rencontre Zhang Xia, un Chinois qui fait commerce de sachets d’eau potable et dont il devient l’associé. L’avenir est à lui !
Pendant ce temps, à Kinshasa et ailleurs, le monde continue de tourner moyennement rond : des seigneurs de guerre désoeuvrés aux pasteurs vénaux, des conseils d’administration des multinationales aux allées du Grand Marché, les hommes ne cessent d’offrir des preuves de leur concupiscence, de leur violence, de leur bêtise et de leur cynisme.
Qui sauvera le Congo, spolié par l’extérieur, pourri de l’intérieur ? L’innocence et les rêves, les projets et la solidarité. La littérature, bien sûr, quand elle est comme ici servie par un conteur hors pair, doté d’un humour caustique et d’une détermination sans faille.

Avis :

Isookanga a grandi dans la tradition de son peuple, les pygmées Ekonda. Mais il n’est pas tout à fait considéré comme membre de la tribu car sa mère a fauté avec un « grand », ce qui fait qu’Isookanga dépasse d’une tête le plus grand des pygmées ! Il ne se sent pas chez lui et a toujours voulu découvrir le monde. Seulement le seul accès de l’internet au village, c’est à l’épicerie, et il n’y a l’électricité que quelques heures par jour pour économiser le générateur…

Jusqu’au jour où les gens de la capitale et les blancs viennent installer en grande pompe un pylône de télécommunications, en plein territoire Ekonda. Juste à côté du village. C’est ce jour là, pendant la cérémonie, qu’Isookanga profite de l’inattention d’une femme blanche, Aude Martin anthropologue sociale, pour lui voler son ordinateur portable.

A partir de là, rien ne pourra plus arrêter la course à la mondialisation d’Isoo. D’abord via le jeu en ligne Raging Trade, où il est Congo Bololo, une super puissance économique qui ne recule devant rien (violence, guerre, massacres, corruption…) pour conquérir de nouveaux territoires et de nouveaux marchés.

Et c’est donc parfaitement entraîné qu’il débarque à la capitale, pour devenir le plus grand mondialiste. Il commence par atterrir chez les shégués, enfants des rue qui vivent au Grand Marché, et lui font une place dans leur vie, lui le petit adulte… Vont s’ensuivre mille aventures à la recherche du Graal, le capitalisme et la mondialisation. Mais est-ce vraiment le Graal ?

J’ai beaucoup aimé cette lecture, à la fois très poétique et très (trop) tristement réaliste. J’y ai découvert le Congo, approché les pygmées et leurs croyances, que je ne connaissais pas du tout. Mais j’y ai aussi découvert les restes de la guerre et de l’horreur, les orphelins livrés à eux-mêmes, acceptant tout ce qui peut leur rapporter de l’argent (surtout les petites filles). J’y ai découvert comment les tortionnaires d’hier sont devenus les gouvernants d’aujourd’hui. Comment certains envoyés des grandes institutions internationales peuvent profiter de leurs avantages… de manière monstrueuse.

J’ai à la fois rêvé et cauchemardé en lisant ce roman d’In koli Jean Bofane, un auteur congolais, qui a su à la fois m’ouvrir les yeux sur cette Afrique post coloniale, où le blanc réussit pourtant à garder le contrôle malgré tout, ne refusant aucune bassesse pour garder la main mise sur les ressources de la région. Mais j’ai aussi à la fois rêvé devant les paysages, et tout particulièrement dans le village d’origine d’Isookanga, où la sagesse du vieil oncle mériterait d’être entendue et prise en compte par plus de gens. Personne ne e croit quand il explique qu’il doit aller chasser de plus en plus loin car les animaux fuient l’antenne. Et si les animaux fuient l’antenne, pourquoi les êtres humains restent ?

C’est un roman important, citoyen, engagé. Un roman qui ne peut pas laisser indifférent, qui soulève nombre de questions qui mériteraient que les décideurs, mais nous aussi simples citoyens du monde, se penchent dessus. Car c’est à chacun de nous de décider,si nous voulons vivre dans un monde meilleur, et si nous voulons que ce monde vive, tout simplement.

Malgré les sujets pas toujours joyeux abordés, ce livre se lit avec beaucoup de plaisir, car porté par l’optimisme à toute épreuve, la bonne volonté et l’intelligence d’esprit et de cœur d’Isookanga, petit homme par la taille, mais grand pygmée à tout point de vue. Sans compter que la plume de l’auteur est très agréable, à la fois poétique et réaliste. Je n’ai jusqu’à maintenant lu que très peu d’auteurs africains, mais après une telle expérience, je ne demande qu’à retenter l’aventure.

Je ai reçu ce livre dans mon abonnement roman Exploratology pour le mois de septembre 2016.

Cette lecture rentre dans le cadre du challenge Pause-café avec le numéro 30, si j’étais un livre… j’aurais reçu un prix littéraire, ainsi que pour le week-end à mille de novembre 2016.

Je lui ai mis 17/20.

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